Tentative de dénouement du blocage de la réforme portuaire : Yayi et les douaniers fument le calumet de la paix

Publié le par L'informateur

La mayonnaise de la réforme portuaire peine à prendre. Conscient de cet échec patent, le chef de l’Etat a fait, hier au palais, recours aux douaniers pour sauver ce qui peut l’être encore.

«Je vous considère comme des républicains. Vous avez accepté cette loi votée au parlement. Mais qui peut, mieux que vous, s’affirmer dans les questions douanières ? Toute ma confiance revient vers vous. Je vous remercie pour votre détermination à accepter cette réforme là. Notre  pays doit être capable de mobiliser ses ressources internes dans la bonne gouvernance », a déclaré Boni Yayi sans détours.

Si Boni Yayi en arrive à cette déclaration, c’est parce qu’il a constaté que la réforme piétine au port.  Beaucoup de grains sont rentrés dans la machine portuaire. Certains acteurs ne cessent de s’opposer à cette réforme. Le président de la République  est descendu, maintes fois, sur le terrain pour  mettre les petits plats dans les grands. Ecartés du système, les douaniers ne se battent plus, comme il le faut, pour renflouer les caisses de l’Etat. Les recettes douanières ne rentrent plus comme auparavant. « Les résultats ne sont plus à la mesure des attentes », reconnaît le chef de l’Etat.

Le numéro 1 des Béninois est au pied du mur. Il se sent dans l’obligation de faire appel aux disciples de Saint Mathieu qui maîtrisent tous les rouages douaniers. Le chef de l’Etat leur a expliqué qu’ils sont les maîtres des lieux. Ils  sont incontournables dans le milieu douanier, estime-t-il. Yayi leur demande de venir sauver les meubles.

Au nom de ses pairs,  le directeur général de la  douane Théophile Soussia a annoncé  au chef de l’Etat un nouvel essor au port de Cotonou. «Je ne doute pas de la volonté de mes collègues. Nous allons prendre, ensemble avec la ministre de l’économie et des finances, un nouveau départ », s’obstine-t-il à défendre bec et ongle. Le Dg/Douane ne voit pas d’un bon œil le fait que certaines personnes vilipendent les douaniers.

Mais on est curieux de savoir si les agents de la douane vont se mettre réellement au travail. Une chose est de prendre des engagements devant le président de la République. Une autre est de les respecter. Bien avant les disciples de Saint Mathieu, les importateurs, les gestionnaires de parcs et de vente de véhicules d’occasion ont fait des promesses fermes à Yayi. Seulement, ils n’ont pas tenu parole sur le terrain. Ces acteurs du port  ont bloqué toutes les activités portuaires.

En vue de décanter la situation, le chef de l’Etat est descendu en personne au port de Cotonou. Il a ordonné la sortie de 300 camions pour les pays de l’Hinterland, Niger, Burkina, Mali et Tchad. Sans scanning ni tracking, ces véhicules ont bénéficié des largesses présidentielles. Ce qui constitue un manque à gagner pour  l’Etat béninois. Et l’Etat a assumé, sans autre forme de procès, les frais de ce forcing. Les choses ne sont pas encore rentrées dans l’ordre. Les caisses de la République continuent de faire les frais de la réforme.

La preuve est que 2000  bordereaux de frais uniques (Bfu) sont frauduleusement mis en circulation. Ce qui veut dire que beaucoup de marchandises ont échappé au contrôle du guichet unique. Certains transitaires ont réussi à dribbler les « contrôleurs » pour faire sortir des marchandises du port de Cotonou sans payer ce qu’ils doivent au trésor public.

Combien l’Etat a-t-il perdu depuis la mise en œuvre de la réforme portuaire ? Un, deux, trois, quatre, cinq, six… milliards de francs Cfa ? Il est difficile de chiffrer la faramineuse somme qui a échappé aux caisses de la République. La perte financière est énorme, indiquent certains économistes.

Les douaniers ont accepté de relever le défi. Ils promettent de sauver les meubles. Est-ce que les agents de la douane peuvent avoir la main pour renflouer les caisses de l’Etat ? Rien n’est plus sûr. Et rien n’est moins sûr !

Aziz IMOROU

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