Chronique

Et après la décolonisation…


Nous aurions pu y faire l’impasse. Tans nous avons horreur de la répétition. Qu’est-ce que nous n’avons pas déjà dit et écrit à propos de cette organisation africaine ? Elle a toujours été pour nous un centre d’intérêt. Que ce soit pendant qu’elle s’appelait Organisation de l’Unité africaine (Oua) ou depuis que, sous la houlette du « Guide Kadhafi », elle a préféré le suivisme pour s’identifier sous le nom, qui a tout d’une réplique, de Union africaine (Ua). Mais voilà. Le sentiment qui nous anime, face à ce festin annuel grossier, étant toujours là et égal à lui-même, nous sommes comme contraint d’en dire un mot pour ne pas perdre le fil de nos idées sur le sujet à l’heure du bilan.

 

Le week-end dernier en effet, les chefs d’Etats et de gouvernement des pays africains, réunis au sein de l’Union africaine se sont retrouvé en Ouganda pour une ultime rencontre dont eux seuls connaissent l’utilité. Il parait que cette fois ci, comme il est de coutume depuis peu, ils ont échanger sur « la santé de la mère et de l’enfant » en Afrique. Quelle belle initiative ! Ainsi, s’exclameront les non-initiés qui pourraient croire que de cette enceinte pouvait sortir quelque chose de grand et de précieux pour le continent noir. Mais pendant longtemps encore, en matière de santé de la mère et de l’enfant, ils ne verront rien venir de cette organisation pour se faire plus visible que ce qui se fait déjà dans chaque Etat avec l’appui des « prédateurs » pompeusement nommés « partenaires au développement ». Toutes nos excuses si vous êtes choqués. Inutile de désigner un chat par chien. En dehors de leurs pelures, différentes à l’origine avant les clonages, leurs cris sont tout aussi différentiés. Mais bon, toutes les confusions sont possibles aujourd’hui ! Et tout en faisant avec, permettez-nous de ne pas perdre le Nord.

Créée principalement pour organiser les jeunes Etats africains à se libérer du joug du « colonisateur malin », l’Organisation de l’Unité africaine, devenue Union africaine, manque de boussole. Nous n’apportons rien à l’humanité en l’affirmant ainsi. Car, tout les Africains en sont convaincus, sinon presque. En tout cas, avant d’intégrer le « club des amnésiques ». Même si, par pudeur, nous reconnaissons que l’objectif de départ est atteint, avec une Afrique décolonisée mais sans repère, cette organisation ne sert presque à rien aujourd’hui. Il y a un moment, de mémoire, nous avons fait l’effort intellectuel de lui mettre à l’actif des œuvres appréciables. Mais en vain. Un ami que nous avions associé à la réflexion a évoqué le « Nepad ». A l’analyse, nous avions abandonné ce projet qui semble mourir à l’étape de projet. Même le machin dit « mécanisme africain d’évaluation par les paires » accroché au « Nepad » pour lui trouver forcément un contenu, ne dit et n’apporte rien de précieux à un Etat qui y perd du temps. Le cas du Bénin est là avec son cortège de doute sur un scandale au sommet de l’Etat qui ne sera jamais élucidé.

Le clairvoyant projet de l’Union africaine devant aboutir à une Afrique parlant d’une même voix et ayant une gouvernance commune dans plusieurs domaines, aurait pu donner plus de visibilité à l’organisation. Mais hélas ! Face à son « promoteur libyen » trop pressé, voulant mettre la charrue avant les bœufs, et les desiderata des plus avisés, attachés aux étapes forcées à gravir, le fossé s’est vite creusé pour conduire à un projet mort né. Si nous avions été là, nous aurions pu faire valoir l’idée selon laquelle « il n’y a pas d’Union africaine créée par le haut ». Pour avoir une base solide, elle doit partir de la base, des peuples qui n’ont pas droit au chapitre sous certains cieux. Et dire que c’est ceux qui régentent ces cieux qui sont promoteurs ici…

 

Chantez et danser pour le moral !  


Plus que six jours et les Béninois vont sacrifier à la tradition de la fête nationale, entendue ici « fête de l’indépendance ». En tout cas, les Béninois, en recourant à leur histoire nationale n’ont pas trouvé mieux que la date de la proclamation de l’indépendance pour commémorer leur fête nationale à l’instar d’autres nations. Les Béninois se contentent visiblement du peu lorsqu’on sait que même la Conférence nationale des forces vives, après avoir annulé la fête, telle que voulu par la révolution marxiste-léniniste de Mathieu Kérékou, n’a pas trouvé mieux que de retourner à la case départ. Ainsi, comme ailleurs en Afrique, l’accession à la souveraineté nationale est le plus grand événement fédérateur pouvant servir de support à une fête nationale, même si, en fait d’indépendance, il y en a suffisamment à dire, à commenter, à remettre en cause…

Nous n’avons pas vocation de remettre quoi que ce soit en cause ici. Nous voudrions tout simplement inviter les Béninois à profiter au maximum de la fête, de leur fête. Car, ils en ont besoin en ces temps de crise économique mondiale avec ses effets visibles sur l’économie nationale. Ils en ont davantage besoin lorsqu’on évoque le drame qu’ils vivent actuellement du fait de ce qu’il convient de nommer désormais « affaire Icc-Services et consorts ». Lorsque, à la crise économique, s’ajoute une nébuleuse affaire de cette nature dans un pays pauvre, la coupe est pleine pour que le pire arrive. Le pire, c’est la fragilisation des bases même d’une économie marquée par l’informel. Le pire, c’est la perte de confiance vis-à-vis de toute entité nationale ou officielle. Le pire, c’est la remise en cause de l’Etat…

Heureusement ici au Bénin, même lorsque les ingrédients sont réunis, la remise en cause de l’Etat n’est pas à l’ordre du jour. Tant mieux pour les garants de l’Etat à qui revient une lourde responsabilité. Celle de redonner confiance au peuple si tant est qu’il y a encore un terrain favorable à l’expression de la confiance. Le gouvernement est ainsi interpellé. Bien acculé, il a un grand rôle à jouer par ces temps qui courent. A notre sens, l’occasion de la commémoration des cinquante ans d’indépendance est une opportunité rêvée pour « distraire » le peuple meurtri afin de lui relever le moral. Les civilisations qui sont considérées comme étant en avance sur la notre ont un comportement connu en de pareils circonstances. Créer un environnement favorable à une ambiance nationale de ferveur populaire est quasiment thérapeutique aujourd’hui. Il ne s’agit pas d’une affirmation fantaisiste, nous n’avons peut-être jamais été aussi sérieux. Les Béninois ont besoin de se « distraire » au sens noble du terme pour se refaire le moral, tant la coupe de l’exacerbation est pleine. Malheureusement, nous avons l’impression que le pouvoir ne mesure pas sa responsabilité dans cette approche thérapeutique. C’était une chance qu’à ce moment précis, intervienne la commémoration de la fête nationale. Et pas n’importe quelle fête, la célébration du cinquantenaire de l’accession du Bénin à la souveraineté nationale. L’occasion est donc bien indiquée pour « distraire » abusivement, sainement et au sens noble du terme, le peuple. Pour y arriver, il va falloir, sans délai, concocter un programme additionnel à ce qui se fait timidement déjà. Un programme provocateur au sein duquel se retrouveraient toutes les classes d’âges et catégories sociales de la nation béninoise. Si notre appel était entendu, même avec le ventre à moitié plein, sortez, allez aux spectacles, chantez et danser pour le moral. Ceci vous fera du bien, et pour votre santé et pour votre équilibre psychosomatique en général.

 

Ralf Zinsou