Tension sociale au Bénin : Des jeunes mouvanciers du Crjbd renvoient Yayi et les syndicalistes dos-à- dos

Publié le par L'informateur

Le Creuset de Réflexion des jeunes pour le Bénin de demain (Crjbd) a donné, hier, une conférence publique sur la situation sociale nationale. Occasion pour ces fans  du président Boni Yayi,  de se prononcer  sur les multiples grèves qui ont cours au Bénin. Si les jeunes yayistes  désapprouvent l’insatisfaction constante des travailleurs, ils reconnaissent néanmoins la pertinence de certaines revendications et stigmatisent au passage l’amateurisme d’un gouvernement qui a brûlé toutes les cartouches sociales en début de mandat, au point d’en souffrir au moment même où il fallait séduire ce monde sensible.

“Le Creuset de réflexion des jeunes pour le Bénin de Demain est conscient des réalités que vit chaque corps professionnel dans l’exercice de sa mission. C’est pourquoi nous accordons à chaque mouvement l’attention qu’il mérite, avant de nous livrer à une analyse de la situation pour en apprécier la portée. Dans le cas de la santé, il convient de reconnaître la justesse des revendications liées aux primes de risque. Mais cela ne saurait être une caution  pour se lancer dans un mouvement aussi radical.   En ce qui nous concerne au sein du creuset, nous n’apprécions pas cette manière de faire pression sur l’exécutif. Car le secteur de la santé est un secteur sensible, tellement sensible, que pour y servir, les agents sont tenus de prendre des engagements contenus dans un serment connu sous le vocable de “Serment d’Hypocrate”. Dès lors ils doivent mettre au dessus de tout la santé des populations. Certes on ne leur demande pas de s’oublier eux-mêmes. Mais il faut savoir choisir ses moyens d’action, compte tenu des exigences de son corps. C’est pourquoi nous marquons une fois de plus notre désapprobation face à ce qui apparait comme des méthodes déguisées de chantage organisé et de prise d’otage. En effet, le chantage concerne la pression mise sur le gouvernement notamment son Chef pour obtenir des avantages ou satisfaction à des revendications. Du coup, les populations deviennent l’otage de ce jeu et en payent le fort prix. Lorsqu’on observe que dans le secteur des finances les débrayages entamés depuis septembre ont pour finalité d’amener le gouvernement à faire la lumière sur la disparition d’un cadre supérieur du secteur et que dans le même temps les travailleurs paramédicaux sont prêts à laisser souffrir et mourrir des dizaines, voire des centaines de personnes, on se demande où est la logique dans la démarche syndicale au Bénin.”, Ainsi parlait hier Michel Aissè, l’un des conférenciers membres du Creuset de réflexion des jeunes pour le Bénin de Demain. On note là une condamnation sans ambiguité de la grève des travailleurs, surtout ceux du secteur de la santé et ceux des finances. Mais le creuset ne s’est pas resté à ce niveau. Il s’en est également pris au gouvernement et à son chef  qui, selon lui,  “se sont très tôt livrés pratiquement pieds et mains liés aux travailleurs dès les premières heures de leur entrée en service. La manifestation essentielle de cette affirmation, c’est les avantages accordés ça et là, au point de dépasser les proportions admises par les partenaires techniques et financiers en ce qui concerne l’équilibre budgétaire.” Et le Conférencier Aissè de poursuivre : “Vous conviendrez donc avec nous, mesdames et messieurs, que quelque part le gouvernement s’est laissé prendre de bonne foi au piège des travailleurs ou des syndicalistes aux exigences infinies. Car en donnant satisfaction à chaque requête, le gouvernement a habitué ses partenaires sociaux à demander plus. Or les défis à relever sont nombreux et les ressources ne sont pas extensibles. »

Craignant une exacerbation de la fronde sociale à une période aussi sensible comme celle préalable aux élections présidentielle et législatives, le creuset émet quelques propositions de sortie de crise. Dans un langage direct et sans langue de bois, le Creuset :

-              Invite les travailleurs à opérer une analyse objective de la situation actuelle en intégrant tous les acquis dont ils ont bénéficié depuis l’avènement du régime du Dr. Boni Yayi ;

-              Invite les travailleurs à opérer une analyse objective de la situation actuelle en intégrant tous les acquis dont ils ont bénéficié depuis l’avènement du régime du Dr. Boni Yayi ;

-              Reconnait le bien fondé des revendications des agents paramédicaux notamment sur la prime de risque

-              Comprend le souci des enseignants contractuels de voir leur situation administrative évoluée  et normalisée, sur la base des textes en vigueur

-              Rappelle que la grève doit en principe être l’ultime moyen de recours et dénonce son usage de plus en plus abusive et, ces dernier temps, à des fins politiques

-              Rend le gouvernement responsable de la crispation actuelle pour avoir très tôt habitué les travailleurs et les syndicalistes à avoir satisfaction à la plupart de leurs revendications, sans prendre des garanties de trêve ou de compréhensions des difficultés de l’Etat auprès des centrales syndicales ;

-              Se préoccupe de l’indifférence quasi générale de l’opposition, voire de toute la classe politique ainsi que de la plupart des acteurs de la société civile et les invite à s’impliquer davantage dans la recherche de solutions durables aux questions de  développement qui se posent au pays ;

-              Invite tous les travailleurs paramédicaux ainsi les autres travailleurs en grève à mettre fin a leur mouvement et à faire confiance au Chef de l’Etat et au gouvernement qui sont conscients de leurs devoirs et de leurs reconnaissance face aux efforts et aux risques que prennent chaque jour de manière particulière certaines catégorie d’agents dans l’accomplissement de leurs taches.

Enfin Godefroy Sodjinou, le Président de séance et ses camarades appellent les uns et les autres au dialogue, à la concertation, au compromis et à la souplesse dans l’analyse des situations

Vivien MITCHAÏ

 

 

 

“Non assistance à personnes en danger : une forfaiture” ?

Parmis les intervenants qui ont pris la parole dans le public après la communication, certains n’ont pas hésité à évoquer la “non assistance à personnes en danger” pour parler de l’attitude des agents paramédicaux. Il y en a même qui sont allés jusqu’à parler de forfaiture ou de crime contre l’« humain ». Si on peut dénoncer certains excès dans ces propos, il reste que l’essentiel reste pertinent : l’abandon, trois jours par semaine des malades pose un sérieux problème, surtout que le service minimum n’est pas assuré. Pourtant, la Constitution béninoise stipule en son article 8 que « La personne humaine est sacrée et inviolable… ». , on peut épouser la position du Creuset des jeunes dont la lucidité dans l’analyse de la situation a étonné plus d’un. Ce qu’il faur souhaiter, c’est que la sagesse dont a fait preuve hier le creuset pénètre les différents protagonistes afin que la souffrance des populations soit allégée. Sinon,   la non assistance à personnes en danger deviendra alors une véritable forfaiture.  Et cette fois-ci, cela sera dénoncé non pas par des membres d’un creuset mais aussi par tout le peuple. Il faut savoir arrêter les choses avant qu’elles ne vous surprenne...

V. M.

 

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