Violence à l’Assemblée nationale : Nago demande de bastonner Ahouanvoébla

Publié le par L'informateur

Le sergent-chef Aballo Amadou, garde rapprochée du président de l’Assemblée Nationale  est allé jusqu’à la place du député Augustin Ahouanvoébla le violenter et lui  arracher le micro le privant de parole. Il mettait ainsi en exécution les instructions  de son patron, le professeur Mathurin Coffi Nago qui demandait à ses gardes de prendre le député en question en charge, de le frapper et de le taper correctement. « Vous le tapez, prenez-le en charge, prenez vos responsabilités, tapez-le correctement »   Ce mot d’ordre de Nago a fait déchaîner ses gardes dans l’hémicycle en pleine séance plénière.  Précisons que quelques instants plus tard,  c’est le tour du  député Fikara et la présidente Rosine Soglo de   subir   la violence de l’ensemble des gardes qui ont envahi l’hémicycle.  L’ambiance était particulièrement surchauffée  et à la limite embrasée. La pomme de discorde est survenue lors de la mise en application de la décision de la Cour constitutionnelle faisant injonction aux députés de désigner deux autres secrétaires parlementaires pour contourner la situation de blocage de la poursuite de la désignation des représentants des députés dans les démembrements de la Cena. Les échauffourées sont intervenues du fait que le président de l’Assemblée Nationale se soit substitué aux secrétaires parlementaires pour procéder à la lecture de la décision de la Cour afin de l’affecter à la commission des lois. « Vous ne pouvez pas nous lire la décision de la Cour sans secrétaire parlementaire, c’est une violation du règlement intérieur, c’est une violation de la constitution. Pour n’importe quoi ici, il faut la présence d’un secrétaire parlementaire. Vous empiétez sur le règlement intérieur du parlement.» s’est écrié le député Ahouanvoébla qui a menacé d’arracher le document des mains du président de l’Assemblée Nationale s’il doit continuer par faire son passage en force. Ses autres collègues se sont mêlés à la danse après la suspension. C’est ici que les députés Fikara et Rosine Soglo ont été bloqués par les éléments de la garde habillés en civile mais armés qui empêchaient les députés en question de jouir de leur droit de parlementaires. Ils   étaient toujours dans la même logique que leur collègue qui s’est insurgé contre la violation du règlement intérieur de l’Assemblée Nationale. La situation est restée trouble jusqu’au soir car, la détermination de Nago à passer en force a rencontré une farouche résistance des députés de l’opposition qui ont usé de tous les moyens pour empêcher Nago de désigner d’autres secrétaires parlementaires conformément à la décision de la cour constitutionnelle.

Après une longue séance  de tambours, les députés de l’opposition ont envahi le perchoir occupant les sièges des secrétaires parlementaires, du directeur des services législatifs du secrétaire général administratif. Cette stratégie a empêché le président Nago de continuer. C’est de la position debout qu’il  a renvoyé la séance sine die.  Après la sortie du président Nago, la présidente Rosine  Soglo  galvanise sa troupe en ses termes « C’est bien d’avoir de grandes victoires. C’est une première, mais ce n’est pas la dernière. Soyez certains, ne minimisez pas le président Yayi Boni si non, nous aurons tort. J’ai mis au courant le président Nicéphore Soglo de tout ce qui se passe ici aujourd’hui. Il m’a dit de vous dire d’abord félicitation. Qu’ils continuent à agir de cette façon ils vont voir comment ça va se terminer. Vous savez, la loi doit rester  souveraine.... » Précisons que la situation a donné lieu à deux conférences de presse. Alors que l’opposition criait à la violation de la franchise parlementaire et des textes de la République, la mouvance parlementaire pense à un non-lieu.

Geoffroy Wusa

 

Déclaration de l’opposition

André Dassoundo, 1er Vice-président de l’Assemblée

« …La situation dans notre pays, je pèse mes mots, est grave parce que notre pays n’a plus de Constitution. Aucun article de notre Constitution n’est respecté, même pas par la Cour constitutionnelle elle-même. La situation est grave parce qu’à l’Assemblée nationale, le règlement intérieur est bafoué à 100% sur autorisation de la Cour constitutionnelle. La situation est grave parce qu’aujourd’hui, à l’Assemblée nationale, on peut tenir des séances sans Secrétaire parlementaire. Le président de l’Assemblée nationale, en prétextant du fait que la Cour a ordonné de remplacer les Secrétaires parlementaires, a décidé de tenir la plénière sans Secrétaire parlementaire. En le faisant, il viole les articles et les textes réglementant l’Assemblée nationale. Un collègue a pris la parole pour stigmatiser le vice de procédure. La réponse, c’est que le collègue devait être ramené à l’ordre et molesté. Devant nous, la garde du président de l’Assemblée nationale a brutalisé notre collègue. C’est une situation extrêmement grave. Responsables de cette situation, le président de la Cour constitutionnelle en premier lieu qui, agissant sous les ordres du président de la République, a décidé de refaire les lois, de refaire notre pays et de refaire d’autres dispositifs à l’endroit de l’Assemblée nationale. La Cour constitutionnelle s’est permis de proposer de remplacer des Secrétaires parlementaires. Cela constitue à précédent grave et je pense que cela ne va pas être utilisé dans notre Parlement comme étant une jurisprudence. Autrement, un matin, la Cour constitutionnelle peut demander de remplacer le président de l’Assemblée nationale parce que ce président n’aurait pas fait sa volonté. Je pense que nous allons pouvoir arrêter la dérive. Pour ce qui nous concerne, nous voulons attirer l’attention de l’opinion nationale sur le fait que, de violation en violation, nous sommes arrivés à une situation chaotique que nous vivons aujourd’hui par rapport aux élections (…) J’en appelle à la vigilance de tous les Béninois, j’en appelle à la responsabilité des bailleurs de fonds et de la communauté parlementaire parce que ce qui risque d’advenir à notre pays peut être difficile à contenir. La dérive a atteint son paroxysme. L’Assemblée nationale est devenue le lieu de bagarre sur autorisation de son président pour que des députés soient molestés. C’est du jamais vu dans notre pays. Nous devons dénonçons cela avec la dernière rigueur et nous devons prendre des dispositions pour que la démocratie béninoise chèrement acquise ne soit pas mise à mal par des parvenus qui ne connaissent pas le prix de ce que c’est que la liberté. Nous, nous savons ce que c’est que la liberté et nous savons qu’il est important de préserver la paix. Nous savons aussi qu’une fois la démocratie en danger, c’est la paix qui est menacée. Par conséquent, nous voulons en appeler à tous les démocrates béninois à une mobilisation totale et générale sur l’ensemble du territoire nationale pour dire non à cette dérive qui pointe à l’horizon… »

 Député Ismaël Tdijani Serpos

« Nous venons de vivre un spectacle pitoyable pour notre démocratie au sein de notre Parlement. On ne vous apprendra rien en vous rappelant que la Cour constitutionnelle, à plusieurs reprises, a réaffirmé que le Parlement ne peut pas valablement siéger sans Secrétaire parlementaire. Ce matin, il n’y avait pas de Secrétaire parlementaire. Le président de l’Assemblée nationale, le Professeur Nago, en sa seule qualité de président, s’est substitué aux Secrétaires parlementaires qui étaient absents. Le président à l’ouverture de la séance a donné lecture de la décision rendue par la Cour qui intime au Parlement de désigner sans délai deux Secrétaire parlementaires en remplacement des deux Secrétaires défaillants. Or, le Parlement a un règlement intérieur qui fait corps avec la Constitution. Ce règlement intérieur n’a pas prévu 4 Secrétaires parlementaires. Ce règlement n’a pas prévu non plus de suppléants pour les deux Secrétaires parlementaires. C’est vrai que le Parlement ne s’est pas encore prononcé là-dessus. C’est le contenu que le président a cru devoir donner en dépit des positions des décisions antérieurement prises par la Cour constitutionnelle qui exige la présence d’au moins un des deux Secrétaires parlementaires pour rendre valide les travaux du Parlement. Alors, dans quel pays sommes-nous ? En dépit de cette jurisprudence de la Cour et en dépit des antécédents que nous avons connus sur ce plan, aujourd’hui, on considère qu’il n’y a plus de loi, il n’y a plus de règle. On fonce tête baissée. Qu’est-ce que ça préfigure ? Nous sommes dans une période très délicate de renouvellement d’un certain nombre d’institutions importantes de notre pays dont le Parlement et la présidence de la République ; période délicate parce que c’est la période durant laquelle nous devons le plus respectée la loi et la et respecter notre Constitution. Pour toute réponse pour ce à quoi nous assistons, c’est le viol en cascade aussi bien de notre Constitution que des lois de la République. La preuve, la manière dont la Lépi se met en place. La preuve, toutes les tentatives faites par les parlementaires pour prévenir les difficultés que nous rencontrons aujourd’hui dans la mise en place de la Lépi battues en brèche par la Cour constitutionnelle dépossédant le Parlement de ses prérogatives de législateur. Aujourd’hui il n’y a pas de Lépi ; aucun texte n’est respecté ; aucun délai n’est respecté ; aucune étape du processus de réalisation de la Lépi n’est respectée. Ne soyez pas surpris que demain, ce soit la Cour constitutionnelle qui nous colporte un président de la République au-delà du vote des Béninois. Le risque est très grand et l’enjeu est d’importance. Nous devons respecter à la lettre les dispositions de la loi. Quand un collègue se lève pour rappeler ses dispositions et que le président de l’Assemblée nationale décidé à faire du forcing, à passer outre, donne des instructions aux militaires qui violent allègrement les règles de la police intérieure et extérieure du Parlement, disant  « Tapez-le », où sommes-nous ? Les règles de discipline au sein du Parlement sont prévues par le règlement intérieur du Parlement. La preuve, l’article 17, et les articles 60 et 61prévoient les conditions de censure, les conditions de respect de la police intérieure et extérieure de l’Assemblée nationale. Ces dispositions ont prévu les prérogatives du président de l’Assemblée nationale.

Les députés de la mouvance  clarifient

Les députés de la mouvance ont donné une conférence de presse pour apporter leur clarification à la situation inédite qui s’est produite à l’Assemblée Nationale hier. Le principal conférencier, l’honorable Mama Djibril  Débourou a relaté les faits liés à la violence perpétrée sur son collègue de l’opposition. Selon sa version, lorsque le président de l’Assemblée faisait sa lecture, un député de l’opposition s’est levé de sa place pour agresser le président de l’Assemblée, organisant du  trouble au sein de l’hémicycle. « Dès que le président de l’Assemblée nationale a commencé par lire la décision de la Cour constitutionnelle, des députés, sans avoir demandé la parole, ont pris la parole pour l’empêcher de lire la décision. Ils ont commencé par organiser un brouhaha qui ne permettait plus d’entendre la décision de la Cour constitutionnelle. Quand le président de l’Assemblée nationale n’a pas obtempéré, un des députés de l’opposition a quitté sa place et aller agresser le président de l’Assemblée nationale. N’eut été la garde rapprochée du président, il serait allé au perchoir pour arracher le texte de la Cour constitutionnelle des mains du président de l’Assemblée nationale. Ça, ce n’est pas acceptable. Il sera appuyé par son collègue Chabi Sika qui crie à un truquage électronique. Selon ce dernier, le président Nago n’a donné aucun ordre à son garde de se comporter de la sorte. Sa voie a été truquée à l’aide de la technologie. Pour finir, il pense que les députés de l’opposition font obstacle à la mise en application de la décision de la cour parce qu’ils ne veulent pas de l’organisation des élections présidentielles; Selon Chabi Sika, le candidat Janvier Yahouédéhou a trahi le secret du complot en parlant du report des élections. Il rejoint l’idée de Bruno Amoussou qui l’a exprimé d’une telle finesse qu’il faut être averti pour le déceler.

Propos du Commandant militaire Guy Antoine Adjaho

Au cours de la rencontre des députés de l’opposition avec le Commandant militaire Guy Antoine Adjaho, le ton est monté d’un cran. L’excessivité des propos du député Epiphane Quenum a sorti le Commandant militaire de sa réserve. « Moi je ne suis pas le Chef d’Etat-major général. Adressez-vous au Général Boni qui est le Chef d’Etat-major général. Les forces de sécurité de l’Assemblée nationale ne représentent qu’une partie des forces armées. Ce que je voudrais dire à l’honorable Dassoundo et à l’honorable Quenum que ce n’est pas le moment d’être excessif. Ne soyons pas excessifs dans nos propos. Je ne voudrais pas porter de jugement sur ce qui s’est passé  à l’Assemblée nationale toute à l’heure à l’hémicycle. Je dois restituer la mission qui est la nôtre ici : c’est de protéger les députés dans leur ensemble et en particulier le président de l’Assemblée nationale contre toute agression contre son intégrité. Mais puisque moi je n’ai instruit aucun militaire de porter la main sur un député quel qu’il soit, aucun militaire ne portera la main sur un député quel qu’il soit. Si le pays est embrasé, ce sera le fait des politiciens tous bords confondus. Je suis désolé. Si vous embrasez le pays, ce serait le fait des politiques toutes tendances confondues. Ne dites pas que le Colonel Adjaho en portera la responsabilité. Je ne porterai la responsabilité de quoi que ce soit. Les politiciens du Bénin en porteront la responsabilité. Si vous conduisez le pays dans la déchéance, l’armée est là pour aviser. Donc, ne venez pas dire dans mon bureau que j’en porterai la responsabilité.

 

Publié dans Politique

Commenter cet article