Tournée gouvernementale dans les établissements : Risque d’affrontement entre autorités et enseignants

Publié le par L'informateur

L’atmosphère incommodante et funeste qui règne depuis quelques semaines déjà entre autorités gouvernementales et syndicalistes de l’enseignement vient de s’accentuer la fin de semaine passée. Avec les décisions prises de part et  d’autre, le risque est grand que des affrontements directs aient lieu dans les écoles.

Il ne s’agit en aucun d’alarmisme et d’exagération dans les propos. Il y a escalade de déclarations et de menaces entre les autorités gouvernementales et les syndicats de l’enseignement et les centrales syndicales.

Au moment où les observateurs nationaux et internationaux de la situation publique du Bénin s’attendaient à une rencontre de sauvetage entre gouvernement et acteurs sociaux de l’éducation pour le jeudi 1er mars 2012, c’est le coup de glas ! Quatre ministres du gouvernement passent en émission sur la chaîne de télévision nationale pour dire le ras-le-bol du gouvernement face à ce qu’ils appellent le « jusqu’auboutisme » des syndicats de l’enseignement. Ils déclarent que le gouvernement refuse de se laisser aller à de la distraction. Et pour cela les ministres annoncent la répression. Cette position a été automatiquement confirmée par le communiqué d’un conseil des ministres qui s’est tenu le mercredi 29 février. Les mesures sont strictes et sans appel. Le gouvernement a décidé de « …lancer à nouveau un appel au sens patriotique et de responsabilité des enseignants grévistes et les inviter à reprendre les cours dès le lundi 5 mars 2012, de mettre en place au niveau du Ministère de l’Economie et des Finances un Comité Interministériel de suivi et du contrôle de l’effectivité des défalcations sur salaires pour fait de grève ; de constituer des structures départementales, communales, d’arrondissement et de village pour suivre et contrôler la présence des enseignants sur leurs lieux de travail et d’en rendre compte au Comité interministériel placé auprès du Ministre de l’Economie et des Finances ; de déployer des équipes gouvernementales conduites par des Ministres sur l’ensemble du territoire national pour rencontrer les populations et de leur tenir le langage de vérité.

En tout état de cause, tout enseignant qui ne reprendrait pas service pour compter du mardi 6 mars 2012, verra son traitement salarial suspendu. Il ne pourra être rétabli dans ses droits qu’après production d’un certificat de présence au poste et de service fait dûment signé par les autorités compétentes.

Le Conseil des Ministres rappelle tout particulièrement aux Chefs d’Etablissements et à leurs Adjoints, le cas échéant ainsi qu’aux membres des directions qu’ils seront purement et simplement radiés de la Fonction Publique en cas d’observance de mouvement de grève de leur part et ce conformément aux textes en vigueur ».   Aussi bien à l’émission que dans le conseil des ministres, le ton était solennel et les verbes choisis à propos. Si les menaces sont mises à exécution, des autorités à plusieurs niveaux de l’Etat seront en déplacement dans les écoles dès ce jour. Les ministres, préfets et autres seront à la tête de cellules qui passeront dans les communes et dans les écoles pour voir ceux-là des enseignants qui braveront l’autorité et qui donc se refuseront de se rendre dans les classes pour dispenser les cours pour lesquels ils sont payés.

La riposte des grévistes

Les centrales syndicales ensembles avec les syndicats d’enseignants n’ont pas tardé à donner la réplique au gouvernement. Très tôt vendredi ils sont allés en assemblée générale. Les dents étaient déliées et les voix vives. Aux menaces du gouvernement, les enseignants opposent de nouvelles menaces. La grève est maintenue sous toute l’étendue du territoire national. Les écoles et collèges resteront fermés. Mieux la grève passe dès ce jour lundi 5 mars de 72 heures à 96 heures. Il y aura donc une seule journée d’activités pédagogiques. Et ce jour est lundi. Donc les lundis il y a activités. Les enseignants expliquent le pourquoi la journée du lundi est celle qui a été seule prise pour faire les activités dans la semaine. Pour eux la journée du lundi est celle qui leur permettra de respecter le drapeau. Ils en déduisent donc qu’il semble bien qu’ils aiment plus le drapeau béninois que Boni Yayi, qui selon eux, ne fait rien pour sauver l’école béninoise.

Dans leur volonté de montrer au chef de l’Etat et à son gouvernement qu’ils sont décidés à aller jusqu’au bout dans leurs revendications, les enseignants ont déclaré que les examens professionnels programmés sont suspendus jusqu’à nouvel ordre. En effet, aux temps forts de la grève déclenchée depuis fin janvier 2012, les enseignants avaient autorisé leurs collègues candidats aux divers examens professionnels à continuer à faire cours avec les élèves. Mais avec la nouvelle tournure des choses ils annoncent que ces examens initialement prévus pour commencer dès le 12 mars, sont purement et simplement annulés et reportés à une date ultérieure.

Aux dernières nouvelles, les enseignants sont prêts à passer à un niveau plus élevé dans la grève. Ce faisant il n’est pas exclu que des coups de poing tonnent dans les écoles et établissements publics à partir de ce jour.

Claude ALOFA

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