Tournée d’explication de la grève des enseignants : L’incidence financière est énorme pour l’Etat

Publié le par L'informateur

Les ministres sont descendus sur le terrain, histoire d’expliquer la grève des enseignants aux populations. Une balade onéreuse pour les contribuables béninois.

Les tournées ministérielles d’explication de la crise dans le secteur éducatif ne sont  ni plus ni moins un gâchis des ressources au sommet  de l’Etat. Lequel  gâchis pèse lourd sur le trésor public.

Le chef de l’Etat a envoyé ses ministres  en mission dans les départements de l’Atacora/Donga, du Borgou/Alibori, du Zou/Collines, du Mono/Couffo, de l’Atlantique/Littoral et de l’Ouémé/Plateau. La mission à eux assignée est toute simple. Primo, ils expliquent aux populations les efforts du gouvernement dans l’éducation. Secundo, les émissaires du régime justifient l’inopportunité de la grève. Tercio, ils défendent l’incapacité de l’Etat à accorder, avant 2014,  les 25%  aux grévistes. 

Une telle  balade a un coût. Un ministre n’effectue jamais seul une tournée. Il se fait accompagner de plusieurs cadres de son département. Le déplacement s’effectue avec des véhicules. En d’autres termes, ces véhicules consomment des centaines de litres de carburant. Sur le terrain, des chaises et des bâches sont loués à prix d’or. Une fois la sensibilisation terminée, la délégation et certains sages  de la localité prennent un cocktail ou un déjeuner. Si le ministre visite le roi de la région, il lui fait un geste financier. En dehors de ces dépenses, chacun des membres de la délégation a une prime.

Combien coûte une délégation ministérielle ? Un, deux, trois…millions de francs Cfa ?  Il est difficile de chiffrer le montant exact. Mais les dépenses sont exorbitantes pour les caisses de l’Etat. Encore que le gouvernement compte 26 ministres. Certains caciques du régime sont de la partie. Et voilà comment les contribuables béninois paient un lourd tribut dans les tournées inutiles.   

Yayi a  déjeuné avec les « gonflés »

En cas de crise sociale, le gouvernement envoie toujours les ministres sur le terrain pour informer aux populations sur les raisons de la mésentente. Les émissaires du pouvoir donnent raison au chef de l’Etat en livrant les grévistes à la vindicte populaire. La dernière en date est la grève dans le secteur douanier. Ils ont vilipendé les douaniers dans tout le pays.

En plus, Boni Yayi est monté au créneau pour vouer aux gémonies les disciples de saint Mathieu. Il a traité les douaniers de « voleurs ». Tout ce qui va dans les poches des douaniers-là indûment, dit-il, doit revenir à l’Etat.  Lorsque les grévistes lui ont exigé des excuses, le chef de l’Etat s’enflamme. « On me dit à moi de leur présenter des excuses publiques.  Mais ils sont gonflés ! », s’est-il indigné. Les agents de la douane ont développé d’autres stratégies de lutte. L’argent  ne rentre plus dans les poches des douaniers ni dans les caisses publiques.

Coincé, le président  est revenu en de meilleurs sentiments. Mieux, il a partagé un repas copieux avec les « gonflés » au palais. Les « voleurs » ont été amadoués. Yayi  reconnaît, au finish, la place des disciples de saint Mathieu. « Mais qui, mieux que vous, maîtrise les questions douanières ? », s’est-il interrogé en invitant ses hôtes au travail pour le renflouement des caisses publiques.

Les charrues avant les bœufs

Comme par le passé, Boni Yayi a mis la charrue avant les bœufs en prenant  la solution facile dans ce conflit. Lorsque cette promenade coûteuse  ne donnera aucun effet,  il va appeler les enseignants à la négociation. Les citoyens ne peuvent pas régler un différend entre les éducateurs et les autorités. Le mieux est de privilégier la voie du dialogue.

Ça  fait six semaines de débrayage. Les enseignants ont déclenché, mardi 24 janvier, une grève perlée pour réclamer les 25%  à eux accordés dans un décret. La grève, qui a touché écoles, collèges et lycées publics, passe de 72 à 96 heures.  Les écoliers et les élèves sont abandonnés à eux-mêmes.  En dehors des menaces de défalcations, le gouvernement entend suspendre le salaire des grévistes et radier d’autres. Cela n’enlève rien à la détermination des éducateurs  d’aller jusqu’au bout.

L’avenir des milliers d’enfants est dans la rue. Nul ne peut prétendre connaître ce qui sortira du bras de fer entre le pouvoir et les enseignants.

Aziz IMOROU

Publié dans Actualité

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