Stratégies pour la réélection de Boni Yayi : Les chantres du K.O préparent le chaos

Publié le par L'informateur

Dans les valses de soutiens au candidat Boni Yayi, depuis bientôt deux semaines, les partisans du chef de l’Etat ont changé de rythme et d’intonation. Ils clament désormais que leur idole passera à coup sûr au 1er tour. C’est l’expression du K.O criée à hue et à dia dans tous les médias par ces partisans en furie.

De deux choses l’une : soit les nouveaux chantres du K.O. ignorent tout de la géopolitique béninoise depuis l’illustre conférence des forces vives de la nation de février 90, et donc pèchent par ignorance et manque de culture, soit ils ne sont pas aussi cons qu’ils le laissent croire, donc savent pertinemment de quoi ils parlent quand ils prônent le K.O., et là ils nous inquiètent à plus d’un titre.

Au 1er tour de l’élection présidentielle de 2006, Boni Yayi avait totalisé environ 35% des suffrages. S’il est devenu président de la République, c’est grâce au soutien déterminant de l’Alliance Wologuêdè, alliance élargie qui donne aujourd’hui l’Union fait la nation. 5 ans après, que reste-t-il des 35% de Boni Yayi ? A contrario, qu’a-t-il rajouté à ces 35% ?

A la première question, la réponse est simple et facile. L’Alliance ABT est une émanation entière et intégrale de la Force cauris pour un Bénin émergent qui a porté Yayi Boni au pouvoir, du moins la principale qui lui a fait conquérir les 35% du 1er tour. Ne pas le reconnaître, c’est être politiquement myope et incapable de vision prospective. André Dassoundo, Sam Adambi, Affo Djobo, Edgar Allia, Eloi Aho, Wallis Zoumarou, Valentin Houdé, Venance Gnigla… ont été des féroces avant-gardistes de l’avènement du Changement. Et notons-le bien, ils sont tous députés de la 5ème législature et donc d’incontestables grands électeurs. Ces personnes contrôlent dans une grande majorité les régions essentiellement acquises à Boni Yayi : le nord et le centre. Soustraire cette grande force mobilisatrice de l’électorat de Boni Yayi et continuer par rêver d’un K.O. au 1er tour relève d’une sinécure, d’un rêve purement platonique. Le minimum à concéder à ce groupe est 15%  est 35% de Boni Yayi. Il n’en restera d’un quotient directeur de 20% maximum à ses 35% de 2006.

La gestion du pouvoir 5 ans après crée forcément de nouvelles sympathies. Quand il y a des départs, il y a aussi des arrivées. La gestion du pouvoir donne aussi lieu à une série de bilans à défendre. Boni Yayi a fait un certain nombre de choses qui rallient l’unanimité. Le pays a connu un certain nombre de progrès infrastructurels ; des femmes sont aujourd’hui à mourir pour sa cause pour avoir bénéficié des microcrédits aux plus pauvres. L’un mis dans l’autre, ce capital versé à l’actif de Boni Yayi peut bonifier son quotient de départ en le portant à 30%. Si l’on rajoute les moyens de l’Etat utilisés en pareils circonstances, les inaugurations de voies, de bâtiments administratifs, ce quotient peut passer de 30 à 35%.

Même si cette démonstration est loin d’être une vérité  de Laplace, elle est, à n’en point douter, bâtie sur l’histoire politique issue de toutes les élections au Bénin. Boni Yayi bénéficie même de circonstances aggravantes qui pourraient même entamer les 35% : l’affaire Dangnivo, la trépignante affaire Icc Services, machines agricoles, Cen-Sad, grèves du Fuoss, manifestations syndicales tous azimuts…

Mais si les partisans de Boni Yayi prônent le K.O. au 1er tour, c’est qu’ils comptent bien le réaliser d’une manière ou d’une autre. Il faut qu’on le tienne pour dit. Soglo avait meilleur bilan quand il a échoué. Kérékou incarnait l’unité nationale et était un animal politique redoutable qui, même au temps fort de son ascension politique n’a pas pu faire de K.O.

Sur quelle recette comptent donc les partisans de Boni Yayi pour réaliser cette performance que ces deux illustres prédécesseurs aux meilleurs bilans n’ont pu réaliser ?

A se pencher très sérieusement sur la question, on finit vite par  se convaincre que le K.O. au 1er  tour que clament les thuriféraires de Boni Yayi doit plutôt s’entendre comme le chaos électoral dont les ingrédients sont en train d’être réunis avec la confection forcée d’une Lépi non consensuelle qui laisse en rade plus d’un million d’électeurs dans les fiefs de l’opposition.

Selon de Arifari Bako vendredi dernier sur l’Ortb, on ne peut guère s’émouvoir pour 81 000 personnes non-prises en compte par la Lépi-phase terminale-selon-Bako. Il s’est même d’ailleurs empressé de leur présenter ses sincères regrets et promet de les réhabiliter éventuellement pour les élections à venir. Si ce n’est du cynisme, pareille déclaration est forcément symptomatique d’un état d’esprit très proche de l’indifférence citoyenne. Soglo a perdu le pouvoir en 1996 avec moins de 100 000 voix. Un député, dans certaines circonscriptions électorales, a besoin du dixième à peine de ce que Bako quantifie dérisoirement pour se faire élire député. Encore que ce ne sont que les chiffres selon Bako. Quand on s’en tient aux   manifestations de la rue, ce chiffre est loin d’être proche de la réalité. Or, lorsqu’en matière électorale, de vote et de suffrage pour faire plus indicatif,  le citoyen se sent brimer, il ne compte que sur la révolte pour se faire entendre raison. On caricature la Côte d’Ivoire en se désolant d’une décennie de guerre inutile et de tuerie sanglante. Pourtant, tout est parti d’une contestation de citoyens exclus du suffrage. C’est une histoire de ET et OU qui a mis feu à la Côte d’Ivoire depuis plus d’une décennie. Une Lépi bachotée peut transformer notre paisible cité en une poudrière. Et c’est ici et maintenant que nous devons tous nous mobiliser pour éviter ce chaos.

 

Clément ADECHIAN

Publié dans Politique

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