Sobemap : 19 dockers meurent affamés

Publié le par L'informateur

Les responsables des dockers employés par la Sobemap font un décompte macabre. Depuis que la Sobemap est entrée en crise avec le Bureau d’embauche Unique (Beu) ils ont été obligés d’assister à l’enterrement de 19 de leurs collègues dockers. Pour les uns comme les autres les raisons de ces décès sont similaires. Il n’y a pas de quoi satisfaire aux besoins élémentaires de leur foyer. Ils ne peuvent pas se soigner eux-mêmes. L’assistance apportée par les collègues dockers n’aura pas suffi.  Conséquence, ils se meurent en douce et sans alerte. Pendant ce temps les responsables de la Sobemap se battent pour gagner plus d’argent pour leurs poches. De quoi est-il question ?

Le gouvernement de la République du Bénin a initié des réformes dans la chaîne portuaire. Entre autres il est désormais question que les dockers et autres ouvriers en activité au port de Cotonou soient embauchés par une seule structure. La structure retenue est le Bureau d’Embauche Unique (BEU). Cette structure est gérée par une entreprise retenue après appel d’offres national lancé et dont les résultats ont été déclarés publiquement. Les quatre structures qui ont la charge de la manutention au port de Cotonou sont la SMTC, MAERKS, Roro Terminal, SOGETRAM et la Société béninoise de manutention portuaire (Sobemap). Selon les nouvelles dispositions issues des réformes, chacune de ces sociétés a l’obligation de d’adresser une demande de besoin de dockers au Beu qui, elle, a en retour l’obligation de les leur fournir. Bien entendu cette mise à disponibilité implique que la structure de manutention bénéficiaire paie la facture y afférente. Quoi de plus normal ? Mais avant cette étape de requête à adresser au Beu il est demandé explicitement à chacune de ces structures de se départir des dockers qu’elle utilisait de par le passé. Autrement dit, la Sobemap, la Smtc, Maerks et Sogetram reversent au Beu tous les dockers qui travaillaient dans leur structure en tant qu’employés que ces derniers soient occasionnels, semi-occasionnels ou permanents. Libérées de ce département de recrutement, ces structures ont toutes désormais le Beu comme main d’œuvre ou en plus clair comme fournisseuse de la main d’œuvre portuaire.

Le problème est que les responsables de la Sobemap refusent d’obtempérer. Ces autorités veulent vendre très chère la perte du privilège que leur offrait la possibilité de recruter les dockers.

 

Des dockers libres mais non employables

Hélas, ils sont libres parce que non permanents à la Sobemap mais ils ne sont pas prenables. Le Bureau d’Embauche unique ne peut pas les engager pour les autres structures de manutention portuaire. La raison est toute simple. La réforme qui instaure le Beu stipule que les structures de manutention demandent les ouvriers selon des qualifications précises. Cela dit chacune de ces structures avaient l’habitude de former ses ouvriers dockers pour les genres spécifiques d’activité. Ainsi il a été convenu que le Beu affecte à chaque structure les dockers et ouvriers qu’elle avait reversés au Beu. Mais on est tenté de se demander ce à quoi va servir la réforme puisque chaque structure reçoit en retour les ouvriers et dockers qu’elle avait reversé au Beu. Mais le fait est que les autorités gouvernementales sont informées de ce que certaines structures de manutention ne traitaient pas bien les dockers et les ouvriers et aussi que les responsables de la Sobemap utilisaient ce département de recrutement des ouvriers dockers pour faire sortir de l’argent de manière injustifiée. Donc pour résoudre ces deux pans du même problème, l’autorité gouvernementale a préférer retirer à toutes les structures exerçant au port de Cotonou le département de recrutement et cela est désormais confié au Beu.

Le Beu étant appelé à affecter à chaque structure en priorité les dockers reversés par celles-ci à son fonctionnement, les dockers occasionnels et semi-occasionnels qui avaient eu pourtant la liberté de se faire embaucher par le Beu se retrouvent sans emploi. Ils sont certes pris en compte dans le nouveau système du Beu mais ils sont en chômage du fait que les autres structures de manutention portuaire se voient affectés en priorité les ouvriers qu’elles avaient reversés au Beu.

 

Les dockers meurent affamés

Les responsables de la Sobemap savent que leur attitude ne fait que défavoriser les dockers. Ils savent que ces derniers ne pourront pas être utilisés par les autres structures de manutention. En clair les dockers sont utilisés comme des boucliers humains par la Sobemap pour mettre la pression sur le gouvernement afin que celui revienne sur la décision d’institution du Bureau d’embauche unique. L’acte est si manifeste et la volonté si sanguinaire qu’il est important de remarquer que les responsables de la Sobemap avaient été les premiers à ordonner à leurs ouvriers dockers de se faire embaucher par le Beu. Alors demander aux ouvriers de se conformer à la réglementation puis se rétracter et les laisser en chômage et mourir de faim, c’est cela qui prend l’aspect d’un crime.

 

Le silence coupable des responsables de la Sobemap

Depuis le début de la crise les responsables de la Sobemap n’ont pas daigné faire une sortie pour expliquer les tenants et aboutissants de la crise. Ils ne sont même pas prêtés aux doléances des dockers.

 

Comment sont morts les 19 dockers et pourquoi ne pas aller chercher ailleurs ?

Les dockers sont pour la plupart des agents qui ont fait grande partie de leur vie au port. Ils sont dockers et y trouvent leur mieux-être. D’un autre côté c’est la Sobemap qui leur avait demandé de se faire enregistrer au Beu avant de se rétracter par la suite. Mais il est désormais clair que c’était une stratégie de la Sobemap pour utiliser les dockers (la grande partie) comme des boucliers humains. Alors une fois enregistrés au Beu et espérant chaque de se voir appelés au travail ils n’ont jamais eu la tête à se trouver un autre job. Au total il s’agit de dockers qui ont passé des années à exercer dans cette activité. Il leur est de plus en plus difficile de réussir à penser à autre chose que travailler au port et dans les navires. Et ils mourraient…

 

Qui sont-ils ces dockers morts ?

Leurs noms pouvaient être publiés et les informations bien précises données sur leur ancienne identité. Mais seules quelques familles ont accepté que les identités de leurs défunts soient associées à ce combat contre la mort que mènent ces dockers depuis plusieurs mois déjà. Seul Jean Akpomey a pu se départir de la crainte des représailles pour se confier. Il parle de ses collègues morts comme de personnes sacrifiées pour une cause qui devra aboutir pour le bonheur de tous, dit-il.

Alors le décompte macabre va-t-il se poursuivre ? Ou quelqu’un va-t-il arrêter le "massacre" ?

 

Claude ALOFA

 

Trois questions à Jean Akpomey

Qui sont ces 19 dockers morts ?

Je ne pense pas pouvoir vous citer les noms de tous ceux-là. Les familles de beaucoup de ses collègues ne voulaient pas qu’on continue d’utiliser le nom de leurs proches pour ce combat alors qu’ils sont dans l’au-delà. Elles pensent que cela ne porte pas bonheur. C’est leur droit.

 

Mais on ne peut avoir aucun nom ?

Vous avez par exemple Joachim Agbodjèvou. Il est dockers immatriculé au 1887. Il est décédé en mai dernier. Il a laissé derrière lui 2 femmes et 3 enfants. Je peux vous parler de M. Augustin Quenum. Son matricule est 2221. Il est décédé en mars. Lui aussi a 2 femmes mais 5 enfants. Il y a plus loin Carter Ananou. Il a 3 enfants et une femme. Pour son cas c’est plus difficile. Ils sont nombreux. Mes autres collègues pourraient… non ; rapprochez-vous des familles et vous saurez plus.

 

A vous entendre la situation est très grave ?

En tout cas seul Boni Yayi peut régler la situation. Tous les dockers l’appellent au secours. Nous avons même demandé (« sans  succès ») une audience au chef de l’Etat. Il est notre président à nous tous. Il faut qu’il fasse quelque chose.

 

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