Réaménagement technique du gouvernement : La preuve que Boni Yayi craint pour sa sécurité (Les grandes leçons du remaniement)

Publié le par L'informateur

« Jamais un sans deux », dit l’adage. Un nouveau réaménagement technique du gouvernement de la refondation. Une nouvelle entrée au gouvernement. Il s’agit de celle de Sofiath Onifadé. Elle entre au gouvernement en lieu et place de Jonas Gbian qui est désormais le titulaire du ministère des finances et de l’économie. Comme nous l’annoncions dans la livraison d’hier, Mathys Adidjatou a été remerciée. L’autre nouveauté est que le chef de l’Etat devient le ministre en charge de la défense. Ne pouvant sortir Issifou Kogui N’Douro, qui est maintenant ministre d’Etat chargé des affaires présidentielles. Faut-il le rappeler, lors de la formation du 1er gouvernement de la refondation après le KO à la faveur de la présidentielle de 2011, la rumeur avait fait croire que M. Kogui N’douro occuperait le nouveau département d’Etat chargé des affaires présidentielles. Mais finalement, lorsque la liste a été rendue publique, on a constaté qu’il avait simplement conservé le portefeuille qu’il a occupé pendant tout le quinquennat du changement.

Ainsi donc, depuis 2006 que Boni Yayi fait son expérience au sommet de l’Etat, soit 6 ans maintenant, son ami et parent Kogui N’Douro a toujours conduit l’armée nationale. Qu’est-ce qui a donc pu se passer pour que le chef même se décide à prendre le bâton de commandement sans le sortir du gouvernement?

D’abord, les difficultés économiques que rencontre le pays. On dira que  tous les pays du monde sont économiquement en difficulté. Mais du côté béninois, il s’observe malheureusement qu’aucune stratégie conséquente n’a été mise en place pour juguler la crise. Et comme si cette crise ne suffisait pas, le chef de l’Etat crée de toutes pièces une autre crise. Celle qui laisse place à la confusion dans le secteur de l’enseignement. Tous les syndicalistes sont remontés contre le chef de l’Etat et son gouvernement. Ainsi, la tension sociale dans le pays est à son comble. Si l’année blanche a été sauvée de justesse, le courant ne passe toujours pas entre les deux parties. Il n’en fallait pas plus pour les hommes avertis de redouter un coup d’Etat. D’ailleurs, sur interne, sans citer nommément le Bénin, certains internautes ont commencé par agiter l’épineuse question.

Ensuite, le conseil des ministres en date du 28 mars 2012 a profité du départ à la retraite du chef d’état-major général des forces armées béninoises (Mathieu Boni) pour procéder à un redéploiement du personnel de l’armée. La plupart de ceux qui commandent les principaux corps de l’armée et de la gendarmerie ont été déplacés. Les forces navales, les forces aériennes, la direction du matériel des armées, la direction du renseignement militaire, la direction de l’organisation du personnel des armées, le cabinet du ministre de la défense, la direction de la gendarmerie nationale… 

Par ailleurs, l’autre constat à la lecture du compte rendu du conseil des ministres est que certains officiers sont envoyés loin du territoire national. Quelques morceaux choisis : le colonel Montand Kérékou qui est nommé attaché de défense à Bruxelles ; le colonel Pascal Tawès est détaché à Washington.  

Sur tout autre plan, depuis quelques jours, la nuit, la ville de Cotonou et ses environs font l’objet de plus d’attention de la part d’éléments de l’armée béninoise. C’est ainsi qu’il est loisible d’y observer des mouvements de chars circulant autour de 2h et 3h du matin.

On peut aussi constater que le réveil de l’opposition, pour ce début de mandat a été rapide et vif, contrairement au début de l’autre mandat. En moins d’un an après la présidentielle, les opposants ont repris du poil de la bête avec une éloquence rare. Il s’agit à ce niveau aussi de signes qui ne trompent point.

Enfin, l’environnement sous régional favorise quelques réflexions. Il y a moins d’un mois, le Mali considéré jusque là comme un modèle de démocratie en Afrique a basculé dans l’instabilité à l’issue d’un coup d’Etat. C’est donc peut-être pour assurer ses gades et éviter le pire au Bénin que Boni Yayi a décidé de gérer directement l’armée. Dans l’avion en direction de Bamako qui a finalement atterri dans la capitale ivoirienne, peut-être que les conseils du président Alassane Ouatara y ont pris par là. Il parait que lui assure personnellement la défense dans l’ancien havre de paix. 

Dans tous les cas, le chef de l’Etat est normalement le plus renseigné des Béninois.

 

Aucun souci de réduction du train de vie de l’Etat

De 26 postes ministériels, nous voici désormais à 27 avec ce réaménagement technique du gouvernement. Un nouveau ministère est né depuis hier. Il s’agit du ministère d’Etat chargé des affaires présidentielles. Débarqué après 6 ans d’expérience à la tête de la défense nationale, il faut pouvoir loger Issifou Kogui N’Douro avec son nouveau machin. Déjà, pour les bâtiments administratifs, les loyers coutent plus de 3 milliards pour l’Etat béninois. A moins qu’on décide de lui trouver refuge au palais de la présidence. Il faut ensuite procéder à la mise en place du cabinet. Les véhicules, et autres avantages sur salaire…Et puis, quel est le contenu réel de ce nouveau ministère. Si le chef de l’Etat était obligé de recaser son ami et parent, il aurait pu le mettre à la place de Jonas Gbian. Mais de l’autre côté, les Yoruba de Porto-Novo seront absents du gouvernement, en même temps que le pourcentage des femmes au gouvernement va en souffrir davantage. Même avec l’arrivée de dame Onifadé, on a noté une régression de ce pourcentage, puisqu’elles étaient 8 sur 26 ministres. Avec ce réaménagement, elles restent 8 mais pour 27 portefeuilles.

Par ailleurs, pour une première fois donc, une femme occupe le portefeuille de l’énergie, des mines et de l’eau. Une Yoruba de Porto-Novo vient donc remplacer une autre (Mathys Adidjatou), même si ce n’est pas poste pour poste. On peut aussi en déduire que le chef de l’Etat est toujours dans sa logique. Celle relative à la prise en compte d’un certain nombre de régions lorsqu’il est question de mettre en place l’équipe gouvernementale. On parlera de respect de l’équilibre régional.

En moins d’un an soit après le 28 mai 2011, Boni Yayi touche à son gouvernement pour la seconde fois consécutive. Un premier réaménagement a conduit à une permutation de postes il y a quelques semaines. C’est ainsi que Jean Michel Abimbola et Valentin Agossou se sont remplacés à leur portefeuille.

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