Projet de révision taillée sur mesure de la Constitution : Yayi à l’épreuve de la parole donnée

Publié le par L'informateur

De plus en plus, les indices d’une révision opportuniste de la Constitution du 11 décembre 1990 se précisent. Révisionnistes et anti-révisionnistes affûtent déjà leurs armes pour nourrir le débat sur cette loi fondamentale vieille de plus de deux décennies maintenant.

Le plus important dans cette actualité qui va défrayer la chronique sous peu, c’est le sort que les révisionnistes vont réserver aux articles 42 et 44 de la Constitution relatifs au nombre et à la durée de mandat d’une part (le président de la République est élu pour un mandat de 5 ans renouvelable une seule fois) et d’autre part à la marge d’âge requise pour être candidat au scrutin présidentiel dans notre pays (40ans au moins, 70 ans au plus). Si ce n’est pas ces deux articles qui focalisent l’attention dès lors qu’on parle de révision de la Constitution, l’unanimité est acquise sur le toilettage de cette loi, 21 ans après. Et c’est justement sur cette révision opportuniste de la Constitution, c’est sur une éventuelle révision constitutionnelle taillée sur mesure que nous voulons nous attarder ici. En effet, sur la question, le chef de l’Etat en exercice, le président Boni Yayi, a déjà donné sa parole. Au cours de son premier mandat déjà, avant de mettre en place une commission ayant pour mission de faire un projet de l’ossature de ce qui va être appelé plus tard nouvelle  Constitution du Bénin, le président  Yayi a déclaré qu’ « il ne sera pas question d’une révision opportuniste de la Constitution » ; mais que son souci est de corriger, dans un sursaut national,  les tares de cette Constitution. Plusieurs fois déjà, cette phrase a été prononcée par le pionnier du changement. A des occasions solennelles. On se souvient comme si c’était hier du discours d’investiture que l’instigateur de la refondation a prononcé le 06 avril 2011. Boni Yayi a rassuré en déclarant « qu’il vient d’être réélu pour un second et dernier mandat».  C’est dire qu’il y a suffisamment matière à croire qu’en 2016, Yayi va passer le témoin à quelqu’un d’autre. Car, la parole donnée est sacrée ;  surtout quand elle provient d’un chef.  Mais seulement voilà : des hommes très proches du président de la République commencent par remuer l’arbre sacré de cette forêt. A supposer que la Constitution est une forêt et l’article 42 un arbre de cette forêt.

 

Une voix pas des moindres donne l’alerte

C’est le Médiateur de la République, le Professeur Albert Tévoédjrè, qui a lâché, il y a deux semaines, le morceau.  En marge de la présentation et de la transmission du rapport d’activité de l’Organe présidentiel de médiation (Opm) au président de la République (ce qui n’a rien à voir avec la Constitution), il a ouvert cette brèche en suggérant que l’on passe du quinquennat  renouvelable une seule fois actuellement en vogue, au septennat non renouvelable, pour ce qui est du mandat présidentiel. Le Renard de Djrègbé  justifie sa proposition par le fait qu’il y a des mouvements syndicaux intempestifs qui annihilent les aspirations des gouvernants à mettre en œuvre leur programme de développement et que par ailleurs, le  président béninois doit prendre exemple sur son homologue nigérian Jonathan Goodluck  qui a déjà évoqué la question chez lui.  Comme un malheur n’arrive jamais seul, on apprend par extraordinaire que dans les coulisses du parlement, il y a deux projets de loi : l’un relatif au référendum et l’autre relatif au droit de grève. Deux projets de loi qui doivent être étudiés en procédure d’urgence. A y voir de près, la logique du Médiateur se poursuit et se suit. Le vote de ces deux lois va baliser le terrain pour la révision opportuniste de la Constitution. Et c’est là toute l’épreuve à laquelle Boni Yayi sera confrontée.  Il se susurre dans les états-majors que ce ne serait pas une sinécure. Encore que des gens politiquement plus expérimentés ont tenté l’initiative sous nos cieux mais cela n’a pas prospéré.

Si Boni Yayi a pu accéder au pouvoir en 2006, c’est parce qu’il y a des gens qui ont barré la route à Lucien Mèdjico et consorts qui rêvaient d’un mandat à vie pour le vieux caméléon, le Général Mathieu Kérékou.   

Ignace SOGLO

Publié dans Actualité

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