Ordre du jour de la prochaine session de l’Assemblée nationale : Absence du projet de loi sur le droit de grève (Repli tactique des députés ou abdication ?)

Publié le par L'informateur

Dans les 8 points inscrits à l’ordre du jour de  la  première   session extraordinaire qui s’annonce au palais des gouverneurs à partir du 12 mars prochain, il n’y a pas trace du projet de loi sur le droit de grève au Bénin. Et  pourtant ce point, d’ailleurs d’actualité, fait partie des réformes  chères au chef de l’Etat. Mieux,  la dernière retraite parlementaire des députés,  tenue les 6 et 8 février 2012 à Parakou  s’en est préoccupée et l’a inscrit sur les 5 grands dossiers de la nation pour cette ère de reforme. En effet, il  a fait l’objet d’une communication au même titre que celui de la révision de la constitution, du découpage de l’administration territoriale, de la révision du règlement intérieur de l’Assemblée nationale etc…. C’est vrai que sur la question, les avis étaient largement partagés sur l’opportunité ou non de faire passer un tel projet de loi en l’état. Mieux, des  députés, toutes tendances confondues ont mis l’accent sur  le délai de préavis de 20 jours ouvrables avant tout déclenchement de grève. Pour l’honorable Eric Houndété, c’est une manière de retirer le droit de grève aux travailleurs. L’honorable Yacoubou  Malehossou déplore la situation de grève intempestive qui s’empare de notre pays et pense que le vote d’une loi sur le droit de grève serait salutaire pour notre Pays. Mais il ajoute qu’il faudrait que le contenu du texte soit digeste et raisonnable. Dans sa conclusion, il accuse le chef de l’Etat pour ses promesses non tenues à l’endroit des travailleurs. Il pense même en sa qualité de prédicateur que c’est un péché de promettre et de ne pas donner. Le président Idji a quant à lui demandé  que l’on fasse attention à la tension sociale que le vote d’une telle loi peut amener dans le Pays. Il rappelle  la menaçante lettre des centrales syndicales  à la présidente de la commission des lois avant d’inviter la représentation nationale à éviter d’en rajouter à la tension qui existe déjà dans le Pays surtout avec la cherté de la vie et tous ses corollaires. A côté de ces députés, certains de leurs collègues de la majorité parlementaire pensent que le vote de cette loi est irréversible pour sauver l’administration béninoise en désuétude. Le capitaine de cette équipe est le premier questeur de l’Assemblée Nationale, l’honorable Djibril Mama Débourou. C’est lui qui a d’ailleurs présenté la communication. Il pense que les syndicats sont politisés et qu’au lieu de s’occuper de leur lutte syndicale, certains secrétaires  glissent sur le terrain  la politique  et ont même osé clamer haut et fort chasser Yayi Boni du pouvoir. Certains secrétaires syndicaux en font une carrière à vie et même à la retraite, ils ne lâchent pas l’affaire. C’est  en fonction  de tout cela que  Débourou dit que le milieu syndical  doit être assaini contre vents et marrés et la meilleure manière, c’est que la représentation nationale vote la loi sur le droit de grève. Il dit pour sa part qu’il ne reculera devant aucune menace des travailleurs.

Après avoir entendu tout ceci, et connaissant le poids de l’honorable aussi bien dans le bureau de l’Assemblée nationale que dans cette 6ème législature, on s’étonne que ce point ne soit pas inscrit à l’ordre du jour de la première session extraordinaire du 12 mars prochain. Et C’est pourquoi on s’interroge sur ce qui s’est réellement passé.  Et on s’est dit que soit  c’est un recul tactique, soit un abandon de combat. Si c’est le premier, c’est peut-être pour permettre l’harmonisation des points sur la question. Car on ne peut pas aller à une telle option sans  trouver  un terrain d’entente avec les travailleurs. Rappelons que leurs responsables  n’avaient pas déféré à l’invitation de maitre Hélène Aholou Kèkè, présidente de la commission des lois qui les avait invités  pour une discussion sur la question. En lieu et place, ils lui ont envoyé une longue correspondance dans laquelle ils demandent le retrait pur et simple du projet de loi sur le droit de grève de l’Assemblée nationale. Ajoutons que par deux fois déjà, ils ont fait des descentes  sur le parlement scandant des slogans hostiles à ce projet de loi. Et à l’occasion Monsieur Gaston Azoua disait qu’il n’y a pas celui qui va voter cette loi au Bénin et avoir la paix. Il pense que c’est une arme très sensible qu’aucun gouvernement ne peut leur retirer. C’est avec elle qu’ils revendiquent les autres droits. Effectivement, depuis un mois les portes des écoles sont fermées pour cause de grève. Les enseignants réclament les 25 % conclus avec le gouvernement et dont  5 % devraient se sentir sur les salaires du mois de janvier conformément  à l’accord conclu avec le chef  de l’Etat. Avec cette colère des enseignants uniquement, le pouvoir tremble. Lorsqu’il s’agira de la lutte pour le droit de grève,  ce sera l’affaire de tous les travailleurs. Et on se demande ce qu’il en serait. Quel serait le visage du Pays ?  Voilà  peut-être des  éléments qui ont fait réfléchir la représentation nationale qui attend non seulement l’accalmie mais aussi l’adhésion des travailleurs  à la question. Si c’est cela, nous retrouverons ce dossier dans d’autres sessions de cette législature. Par ailleurs ces mêmes éléments cités pêle-mêle peuvent  aussi complètement fait désarmer l’ensemble des députés et occasionner l’abandon pur et simple du projet de loi sur le droit de grève en république du Bénin. De toutes les façons, nous sommes actuellement en face de l’un de ces deux cas. D’ici à là, nous serons fixés  et nous saurons si c’est l’un ou l’autre qui sous tend l’absence de ce point  dans l’ordre du jour de cette session extraordinaire.

Geoffroy Wusa 

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