Instruction dans le cadre des ratés des préparatifs du 1er août 2011 : Menaces sur les magistrats du tribunal de Natitingou (Me Gbèdo doit parer au plus pressé pour éviter les cas Dossou-Yovo et

Publié le par L'informateur

Les juges au tribunal de Natitingou travaillent aujourd’hui dans une psychose permanente. Ils en craignent désormais pour leur sécurité tant au boulot qu’à domicile. Et pour cause, au delà des tracts et autres menaces, le tribunal est rempli toutes les fois que les responsables du Comité de développement de Natitingou (Cdn) sont convoqués par le juge d’instruction du 2è cabinet Eric Marcel Ahéhéhinnou dans le cadre des violences perpétrées à l’occasion d’une marche organisé par ledit mouvement. Lire notre dossier.

L’insécurité gagne et de façon persistance le milieu judiciaire au Bénin, notamment la partie septentrionale.

Ainsi, dans des conditions jusque là non encore élucidées, le juge d’instruction au tribunal de 1ère instance de Kandi (nord Bénin) Clément Dosssou-Yovo a été assassiné à son domicile. « …Dans une atmosphère de contestation post-électorale où son verdict était attendu, il se serait égorgé lui-même un soir avec couteau et coupe-coupe en présence d’un parent. Film d’épouvante à la Hitchcock. Enterrement. Et l’on passe à autre chose. Trop facile. Expédition indécente. Une enquête s’impose, diligentée par l’Etat, garant de la sécurité des juges dans l’exercice de leurs fonctions », a commenté le professeur Roger Gbégnonvi dans " Ces morts qui pèsent sur nos consciences ", une chronique publiée en novembre 2006 avant son entrée au gouvernement.

En ce moment là où il pondait sa chronique, soit exactement un an avant, une autre tragique disparition d’un magistrat pesait sur les consciences. En effet, toujours dans la partie septentrionale du pays, en novembre 2005, dans sa métropole Parakou, un autre magistrat a été retrouvé sans vie, attaché dans sa 4X4 sur une voie pavée à peine fréquentée, quelque part dans le quartier Zongo. Il s’agit de la dépouille du magistrat Sévérin Coovi, président de la Cour d’appel de Parakou. C’est un greffier en poste à la Cour d’Appel, déjà informé de la nouvelle de la disparition de M. Coovi qui a fini par reconnaître son véhicule abandonné sur une voie déserte. En présence du procureur général près la Cour d’appel de Parakou, le macchabée a été découvert. Le magistrat a été coincé dans la malle arrière, les habits à demi brûlés. Son sexe a été martyrisé, une blessure à la nuque. On dirait qu’on lui a fracassé le crâne. Le regretté portait encore son bracelet. Tous ses téléphones portables étaient dans le véhicule. Contrairement à feu Clément Dossou-Yovo, le président Coovi a fait l’objet de menaces ; lesquelles menaces, le président n’a pas manqué de porter à la connaissance du Garde des sceaux. Pour rappel, une lettre de menace avait été diffusée par un certain Aboudou Osséni Idrissou, plus connu sous le nom de Sénégalais, membre du syndicat du marché international Arzèkè objet de toutes les polémiques. Ce dernier sera arrêté le 10 novembre 2005 dans le cadre de l’assassinat de M. Coovi. Le maire de Parakou, Rachidi Gbadamassi était en conflit avec la Société de gestion des marchés de Parakou (SGMP). Le tribunal de 1ère instance condamne la mairie. Sa demande au juge de prendre des mesures conservatoires qui lui permettront de procéder à la nomination d’un administrateur provisoire a été rejetée. Il est condamné à retourner les clés du marché et payer 15 millions de dommages et intérêts à la SGMP. Le maire interjette appel. Le jeudi 17 février 2005, la Cour d’Appel de Parakou présidée par le magistrat Séverin Coovi rend sa décision. A l’occasion, elle a fixé les dommages intérêts, à verser par la mairie à la SGMP, à la somme de 60 millions de nos francs, assortis d’astreinte comminatoire de cent mille (100.000) francs par jour de retard dans l’exécution de cette décision de justice. Ce faisant, la Cour d’Appel de Parakou non seulement confirme le jugement rendu par le tribunal, mais aussi aggrave celui-ci.

Le mardi 22 février 2005, soit moins d’une semaine après la sentence, des centaines de personnes regroupées sous le Syndicat des revendeurs et revendeuses des marchés de Parakou ((SYRRMAP) sont descendus dans les rues. Ces manifestants s’insurgent contre l’arrêt de la Cour d’appel : "Non à la SGMP et à son conseil d’administration", " nous avons plutôt besoin d’une Cour d’Appel au service du développement de la ville", "non au retour de la SGMP dans nos marchés". ‘’Ces 60.000.000 de francs CFA pourraient servir à construire des marchés et des salles de classe pour la ville de Parakou. La Cour d’Appel doit revoir sa décision’’.

Par ailleurs, la condamnation par la Cour d’Appel, de la mairie de Parakou à payer des dommages et intérêts à la SGMP a suscité la sortie des responsables du Syndicat des Revendeurs et Revendeuses des Marchés (SYRRMAP). Tout comme les bonnes dames qui ont manifesté plus tôt leur mécontentement, les membres du SYRRMAP s’offusquent contre l’arrêt de la Cour d’Appel qui condamne la mairie au payement de dommages et intérêts. Au delà de ces menaces à l’endroit des magistrats de la Cour d’appel de Parakou, des tracts distillés à travers la ville ont visé personnellement le président de l’institution judiciaire qualifié de magistrat corrompu. Sévérin Coovi a été même sommé de quitter Parakou s’il tient à sa vie. Non seulement, le Garde des sceaux a été saisi, mais également, il a pris soin de porter plainte contre le sieur Aboudou Osséni Idrissou. Toujours est-il qu’une bonne suite n’a pas été donnée à ces plaintes jusqu’à l’assassinat de M. Coovi environ 9 mois après les menaces.

7 ans après ce coup pour lequel le dossier peine à aboutir, toujours dans le nord Bénin, des magistrats en craignent encore pour leur vie. Cette fois-ci, c’est Natitingou qui est sur la ligne de mire. Le personnel magistrat du tribunal de 1ère instance du chef lieu du département de l’Atacora ne sait plus où donner de la tête. Des tracts émanant d’un mouvement dénommé Comité de développement de Natitingou (Cdn).

A l’origine, la convocation adressée par le juge d’instruction du 2è cabinet au sieur Kassa Mampo Naguini. Cela suffit pour que le tribunal soit envahi toutes les fois que le dossier doit être instruit. Pour l’intéressé, c’est inadmissible qu’il soit poursuivi à nouveau alors qu’il a avait été déjà arrêté, jugé puis libéré. Mais des sources proches du tribunal indiquent qu’il avait eu maille à partir avec la justice pour flagrant délit dans les malheureux événements survenus à Natitingou à l’occasion de la marche ayant tourné au vinaigre. cette-ci fois, il serait dans le collimateur de la même justice pour des faits criminels. Soit un chef d’accusation qu’on ne saurait confondre avec le précédent qui l’avait conduit en détention. Mais les responsables du mouvement ne l’entendent point de cette oreille. Pour eux, c’est parce que le juge est en mission pour le président Boni Yayi qu’il use de stratagèmes pour mettre à nouveau aux arrêts le sieur Kassa Mampo Naguini. Pour rappel, sous prétexte que les travaux pour la réhabilitation de leur cité traînaient à l’occasion de la célébration de la fête du 1er août 2011, des natifs de la localité se sont constitués en un mouvement. Ainsi est né le Comité de développement de Natitingou (Cdn). L’une des marches de protestation organisées par le mouvement a occasionné la mort de Kouabi Fawaz, conducteur de taxi moto. Et il revient à la justice de mettre au clair les conditions de cette subite disparition intervenue le 4 mai 2011.

F. KPOCHEME

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