Fronde contre le pouvoir de Boni Yayi : Quand les ministres virés deviennent opposants

Publié le par L'informateur

Le gouvernement du changement, et plus récemment celui de la refondation, avec aux commandes le même Boni Yayi a fait la promotion de nombre de Béninois, notamment dans l’appareil gouvernemental. Entre les deux mandats, tous n’ont pas eu la même fortune. La présence au gouvernement d’aucuns ont juste duré le temps d’un feu de paille. Seulement qu’ils sont nombreux les virés qui se sont mués en opposants de première heure. Mais contre quel régime ?

Ils étaient au gouvernement. Il y a de cela en tout cas un passé récent. En ce moment là, tout allait comme dans le meilleur des mondes. Ils s’affichaient en meilleurs défenseurs du pouvoir. Ils rivalisaient même en imagination pour se montrer les meilleurs chantres du système. Ces ministres ne rataient aucune occasion pour s’illustrer comme étant dans le secret du chef de l’Etat. Mais subitement, soit une fois au dehors, ils se mettent sur le banc des opposants. Certains prennent même le courage de se démarquer totalement de la gestion faite par le pouvoir en place. Et comme si cela ne suffisait pas, il y en a qui prennent le manteau de donneurs des leçons. Mais à qui ? Au régime qui les a éjectés pour une raison ou pour une autre ?

Ainsi donc, dans l’environnement politique béninois de nos jours, ceux qui osent le plus émettre des critiques sur le régime actuel sont ceux qui malheureusement ont été du gouvernement.  Et c’est le lieu de rappeler que ce qu’ils s’échinent à dénoncer  aujourd’hui seulement ont été déjà portés sur la place publique, sans gangs, par d’autres concitoyens. En ce moment là justement, eux en leur qualité de membres du gouvernement se la coulaient douce, narguaient même à la limite les réels opposants du système. Ils avaient soupé avec le diable. En réalité, ce n’est pas aussi à rejeter leur nouveau sport. On dira que la critique n’est pas mauvaise ; elle est républicaine. Seulement, pourquoi seulement après avoir profité du système. Seuls ceux qui ont le courage de démissionner, donc de quitter le gouvernement de leur propre chef peuvent s’illustrer en donneurs de leçons. Quand vous ne démissionnez pas vous êtes comptables de tout. Ce qui n’est pas le cas de Nicaise Fagnon qui après avoir été directeur général de la Sonapra, puis ministre des travaux publics et des transports se positionne en un donneur de leçons. Et pourtant, il a gagné le parlement sur la liste de Boni Yayi, celle des Fcbe. A l’occasion de la fête du 52è anniversaire de l’accession du Bénin à l’indépendance, il donnait encore des directives pour que le Bénin décolle enfin. Et pourtant, il avait été aux commandes. Qu’est ce qu’il a fait en son temps pour qu’on parle de son pays sur l’échiquier international ? Les députés sont encore à ce qu’il réponde de sa gestion de la Sonapra, sans oublier la route Ouidah-Tori pour laquelle le chef de l’Etat l’avait menacée. Ces dernières semaines, il a tellement la critique aisée que le chef de l’Etat a fini par lui mettre les points sur les « i » lors d’une descente à Dassa-Zounmè : « Nicaise Fagnon, c’est un petit que j’ai gardé. Je l’ai fabriqué. Vous avez voté pour lui pour qu’il soit député à cause de moi. Maintenant qu’il est allé au parlement, il s’allie à mes opposants pour dire question n°1, question n°2. Est-ce que c’est ce que vous lui avez demandé de faire ? Les portes de mon bureau lui sont aujourd’hui fermées et c’est par André Okounlola qu’il passe maintenant pour me voir ».

 

Le cas Galiou

Depuis l’Europe où il est, le fils de Soglo qui a occupé deux différents portefeuilles ministres sous le président Boni Yayi s’est permis une interview on ne peut plus critique. Pêle-mêle, il lâche : « l’heure est grave au Bénin. Monsieur tout le monde sait que ça ne va pas dans notre pays. Au niveau de la sous région ouest africaine, mon pays est actuellement dernier dans le classement Ueoma ».  Galiou Soglo, s’en lave les mains : « Je n’ai pas été au cœur du pouvoir. Je ne suis pas un proche du président de la république….Il y a des gens dans l’entourage du chef de l’Etat qui ont conduit le pays dans son état actuel, le gouffre ». Et pourtant, il a dirigé deux différents portefeuilles ministériels. Pourquoi c’est seulement maintenant qu’on l’a sorti du gouvernement qu’il trouve que le pays s’est mal géré et que le Bénin est dominé par le régionalisme ?

Faut-il le rappeler, Galiou Soglo est allé au gouvernement de Boni Yayi contre non seulement sa famille biologique, mais aussi sa famille politique. A cette époque, il s’emploie à justifier son positionnement, allant même jusqu’à attaquer ses propres parents.

 Azannaï et Gbégnonvi

Candide Azannaï est également devenu opposant au gouvernement Yayi après avoir été éjecté. Et c’est le cas le plus gênant pour nombre de compatriotes. Car on savait que par exemple lui n’a pas sa langue en poche. Tous les jours, les compatriotes, notamment ceux qui animaient l’opposition politique dénonçaient plein d’irrégularités. Mais le ministre de l’industrie n’a rien trouvé à redire. Pourquoi c’est seulement maintenant qu’il dénonce le Pvi et autres alors qu’il participait aux conseils des ministres ?

Roger Gbégnonvi était lui aussi très critique. Mais une fois au gouvernement, il n’a plus rien trouvé à dire. Mais dès lors qu’il est sorti, le voilà encore critique pour embaucher la même trompette que les opposants.

Que dire du cas Victor Topanou. Il a fait la pluie et le beau temps aux côtés du chef de l’Etat. Il présentait même des conseils des ministres sans support. Le cas de celui tenu à l’occasion de la célébration de la fête du 1er août à Parakou. Cet enseignant à l’université a été conseiller, secrétaire général du gouvernement, puis Garde des sceaux. Il a été dans le système contre son mentor, Mme Zanou pour qui il a été directeur de campagne en 2006. On peut donc le considérer comme ouvrier de la 36è heure. Mais subitement, il s’est retrouvé en pôle position, de sorte qu’il n’y avait pas de jour ou le chef de l’Etat ne le consultait. Mais depuis sa déchéance, il est allé jusqu’à se présenter contre le président de la République lors de la dernière présidentielle. Le mois écoulé, il a créé son parti politique, passant ainsi du Pur au Fur. Victor Topanou a le secret des mots pour tourner en dérision son ancien chef. Allant jusqu’à le traiter de dictateur. Aujourd’hui, il retourne dans l’opposition pour aller retrouver Célestine Zanou.

On peut comprendre les cas Soulé Mana Lawani et Armand Zinzindohoué. Ils ont été sortis du gouvernement avec des dossiers au dos. Pis, il plane sur eux des procès devant la haute cour de justice. Tout naturellement, ils ont donc droit à la défense. Ils doivent chercher à se défendre. C’est donc de bon droit qu’ils dénoncent des tares du régime en place.

En dehors de ces cas, tous les ministres et autres proches du système qui n’ont pas su quitter les choses à temps se doivent de donner leur langue au chat. Un peu comme les anciens ministres Takpara, Kint Aguiar et plus récemment Mathy’s Adidjatou.

Franck Kpochémè

Publié dans Politique

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