Dénouement de l’impasse électorale au Bénin : Houngbédji appelle les 13 autres candidats à la concertation

Publié le par L'informateur

L’angoisse générale qui s’est emparée des Béninois du fait des tergiversations que connaît le processus électoral a fait sortir hier, mercredi 16 février 2011, le candidat de l’Union fait la Nation de ses réserves. A la faveur d’une déclaration, Me Adrien Houngbédji a peint le tableau de l’impasse qui pointe à l’horizon. Il a par ailleurs indiqué que l’échéance du 6 avril qui marque constitutionnellement le début d’un nouveau mandat présidentiel doit être impérativement respectée. Et pour ce faire, il fait des propositions qu’il entend harmoniser à l’issue d’une concertation, sans exclusive, avec les autres candidats en lice pour le scrutin présidentiel convoqué pour le 06 mars prochain. Lire l’intégralité de sa déclaration.

Déclaration de Adrien HOUNGBEDJI, Candidat unique de l’UN à propos de la situation politique nationale

Dans quelques semaines, notre peuple aura à choisir celle ou celui qui conduira ses destinées pendant les cinq prochaines années. Ce devrait être un exercice habituel puisqu’il a été conduit à plusieurs reprises avec succès depuis l’avènement du Renouveau démocratique. Les faiblesses du système électoral étaient connues. Les motifs de contestation des résultats ne manquaient point. Mais la sagesse de notre peuple et de sa classe politique avait su gérer les conflits potentiels dans un esprit qui plaçait la préservation de la paix au-dessus de tout. Il est de notre devoir de continuer dans cette bonne direction et de toujours nous engager dans des voies qui ouvrent de larges perspectives de développement à notre pays.

Aujourd’hui, le climat n’est plus à la sérénité. L’inquiétude a gagné toutes les couches de la population à telle enseigne que des mouvements pour la préservation de la paix sillonnent nos villes et nos campagnes pour en souligner le besoin. Quelles que soient les motivations des auteurs de ces initiatives, elles expriment l’angoisse qui étreint nos concitoyens. Les organisations syndicales de travailleurs renouvellent à souhait leur mise en garde.

Pourquoi un tel climat social ? Tout simplement parce qu’à quelques jours d’un scrutin aussi capital que des élections présidentielles, nul ne parvient à savoir ce qui va se passer et comment cela va se passer. La polémique autour de la liste électorale n’arrange rien et les assurances répétitives des membres de la Commission politique de supervision ne dissipent l’épais brouillard qui entretient la peur au sein de la population. Ne pas disposer d’une liste électorale à quelques jours des élections ne peut que susciter des interrogations. Elle était prévue pour le 31 décembre 2010, puis pour le 15 février 2011 et à présent pour le 20 février 2011. Ce sont ces incertitudes qui mettent à mal la quiétude dont les électeurs ont besoin pour écouter les propositions des candidats et faire des choix en toute connaissance de cause.

Comme pour en rajouter, la CENA a été mise en place très tardivement et dispose par conséquent de peu de jours pour s’acquitter de sa mission. Le pari qui est le sien sera difficile à gagner et peut devenir impossible à relever si toutes les institutions, la classe politique et les candidats ne l’aident pas dans l’accomplissement de ses tâches. A cet égard l’Assemblée nationale rencontre quelques difficultés à parachever la désignation de tous les membres des démembrements de la CENA, notamment au niveau des communes et des arrondissements. Il était de la responsabilité du Président de l’Assemblée nationale de convoquer à nouveau des séances plénières en urgence au cas l’une d’entre elle s’avèrerait infructueuse et de prendre les initiatives appropriées pour assurer leur succès. Le recours à des injonctions de la Cour Constitutionnelle n’est pas, à mon avis, la meilleure solution car elle s’inscrit dans une logique d’affrontement qu’il vaut mieux éviter.

Je souhaite que le Gouvernement mette à la disposition de la CENA tous les moyens dont elle a besoin et à temps. Ce ne fut malheureusement pas le cas lors des élections communales et municipales en 2008. Les restrictions budgétaires et le refus d’utiliser des procédures d’urgence au ministère des finances avaient conduit à des élections bâclées. La mouvance présidentielle avait ainsi réussi à s’ouvrir la porte de la contestation puis, en violation de la loi, à refuser d’installer les conseils communaux. Le feuilleton des invalidations des élections, des reprises d’élections et des remplacements de conseillers ne prit fin que sur une injonction du Chef de l’Etat à la Cour Suprême, une fois qu’il a obtenu son quota de conseillers et de maires.

Nous devons éviter toutes ces dérives afin de ne pas ajouter de nouvelles souffrances à celles que la pauvreté impose à nos populations. Cet objectif doit guider chacun de nous et doit inspirer nos actions au quotidien. Le pire serait de continuer à dire qu’il n’y a pas de problème ! Ceux qui refusent de voir la réalité en face préparent en réalité une grave crise politique dont ils seront les seuls responsables. Ce faisant ils ne rendent pas service à notre peuple et trahissent la confiance dont ils jouissent.

Mesdames et messieurs,

J’ai suivi ces derniers jours les appels d’organisations de la société civile qui réclament la prise en compte des électeurs exclus de la version annoncée de la liste électorale permanente informatisée (LEPI). Des forces politiques, dont l’Union fait la Nation, posent les mêmes exigences. Je partage leurs préoccupations qui veulent que l’établissement de la LEPI et  son utilisation n’entrainent pas une régression démocratique mais, qu’au contraire, cela conforte les citoyens dans la conviction qu’il s’agit d’une avancée. Elle peut être imparfaite mais elle doit être comprise des populations à qui il est méprisant de se contenter d’« exprimer des compassions » par la télévision comme l’a fait le Superviseur général de la Commission politique de supervision de la LEPI. Nos compatriotes méritent plus d’attention si l’on veut respecter leur dignité et préserver la cohésion nationale.

J’en appelle donc à la conscience citoyenne de tous pour que, dans un sursaut patriotique, nous recherchions ensemble les solutions qui rassurent nos populations. Le moment est venu pour chacun de conjurer le danger qui nous guette. Les responsables de cette impasse sont  suffisamment pour qu’il soit nécessaire de les rappeler mais je veux souligner que c’est la première fois que nous nous retrouvons dans une telle situation. Le Chef de l’Etat devrait en prendre conscience et ne pas chercher à tirer gloire de ce qui est en vérité son échec et la preuve de sa mauvaise gouvernance du pays.

Mesdames et Messieurs,

Je salue la proposition faite par l’Union fait la Nation et qui consiste à ouvrir un dialogue entre tous les acteurs de notre vie nationale. Je soutiens cette proposition qui doit nous permettre de baisser la tension actuelle et de convenir des solutions à apporter aux nombreuses incertitudes qui planent sur le déroulement des élections. Le débat sur l’utilisation ou non de la LEPI pour les prochaines élections a été clôturé depuis l’adoption de la loi portant règles générales des élections par l’Assemblée nationale. Cela ne nous dispense pas d’examiner la suite à donner aux revendications de nos concitoyens qui sont exclus de l’actuelle liste électorale permanente informatisée. La réponse à apporter à cette situation doit être collective et consensuelle pour qu’elle emporte la compréhension et l’adhésion de toute la population.

Dès ce soir, je me mettrai en relation avec tous les autres candidats pour leur proposer une rencontre. Ainsi, nous pourrions partager les informations reçues de la CENA ou de la CPS et convenir des mesures à prendre pour le déroulement pacifique des élections et la sécurisation des résultats. Je soumettrai à leur appréciation mes propositions qui se présentent comme suit :

1- Prendre en compte les exclus de la liste électorale telle qu’elle se présente actuellement ;

2- Présenter la liste des électeurs par bureau de vote ;

3- Afficher la liste des électeurs sur les lieux de vote au moins cinq jours avant le jour du scrutin afin de permettre aux citoyens de ne pas errer le jour du vote à la recherche de leurs noms ;

4- Maintenir et au besoin accroitre le nombre de bureaux de vote par rapport au scrutin antérieur afin de limiter les déplacements des électeurs ;

5- Achever la délivrance des cartes d’électeurs au moins cinq jours avant le jour du vote ;

6- Sécuriser les résultats des votes par la prise de dispositions appropriées.

En tout état de cause, la date constitutionnelle du 6 avril doit impérativement être respectée pour éviter les aventures dans lesquelles quelques insensés voudraient engager notre pays.

Ma rencontre avec les autres candidats sera également l’occasion d’évoquer un code de bonne conduite, écrit ou non, qui présidera au déroulement de la campagne. Ainsi, la convivialité pourra l’emporter sur les affrontements sans pour autant nuire à la nécessaire diversité des opinions et à la confrontation des programmes. Le débat démocratique n’appelle pas des invectives ou des injures. Il se nourrit d’idées et de propositions.

Mesdames et Messieurs,

Il nous faut des élections propres qui respectent la volonté de notre peuple. Tous ceux qui ont la responsabilité de les organiser porteront une lourde responsabilité si le désordre ouvrait la voie à d’amples contestations aux conséquences imprévisibles.

J’en appelle à tous les acteurs du processus électoral pour qu’ils conservent à l’esprit, de façon permanente, la nécessité d’éviter tout comportement qui sera de nature à compromettre la sauvegarde de l’unité et de la cohésion nationales.

J’invite le peuple béninois à la vigilance pour déjouer toutes les manœuvres tendant à confisquer le pouvoir ou à empêcher l’expression de la libre volonté de nos concitoyens.

 

Cotonou, 16 Février 2011

 

Publié dans Politique

Commenter cet article