Après la menace de défalcation sur salaire : « La grève des enseignants passe à 96 heures dès lundi », selon Raouf Affagnon

Publié le par L'informateur

Le week-end dernier, le gouvernement s’est réuni pour annoncer que des défalcations seront effectuées sur les salaires des enseignants grévistes.  Hier, le 1er ministre a accordé une interview à l’Ortb pour préciser la position du gouvernement et réaffirmer que rien ne peut être offert aux enseignants dans l’état actuel des finances de l’Etat. Mieux il a expliqué le sens des défalcations qui seront faites dès le mois de mars sur les salaires des enseignants qui vont continuer la grève.

Nous avons joints pour vous le syndicaliste Raouf Affagnon des trois ordres de l’enseignement pour avoir sa réaction à chaud. L’homme n’a pas manqué de la verve habituelle qui lui est connue.  Il annonce que la grève passera de 72 heures à 96 heures dès lundi prochain. Voici l’intégralité de cette interview téléphonique qu’il nous accordée.

La réaction que suscite en moi cette interview accordée au journaliste Sounouvou de l’Ortb, c’est d’abord que les enseignants en particulier et l’école béninoise en générale est en danger. Nous sommes en danger du fait que ceux qui ont en charge la gestion de l’avenir de l’école ne maîtrisent pas très bien les textes de l’école, de la législation scolaire et la législation du travail qui garantissent tous les soins particuliers dont les enseignants doivent être entourés. Je fais allusion à la loi d’orientation de l’éducation nationale à travers les articles 1 et 19 qui montrent que pour l’Etat béninois, l’éducation est la première priorité ; que l’éducation est une tâche prioritaire et primordiale. Voyez, lorsque le premier ministre dit que la revalorisation qui a été accordée aux enseignants a été maintenant étendue aux financiers, il est en train de montrer que dans le Bénin de la refondation, tous cadre est enseignant. C’est triste d’entendre un discours de ce genre au 21ème siècle.

La deuxième réaction que suscite en moi l’entretien est que je ne sais pas si les autorités de notre pays ont réfléchi avant de prendre le décret N°2011-505 ou si c’est après avoir signé le décret qu’ils se sont mis à réfléchir par rapport aux capacités financières ou aux incapacités financières du pays. Je suis très peiné, je suis attristé de voir tout ce que le premier ministre est obligé de faire aujourd’hui comme gymnastique intellectuelle pour défendre l’indéfendable ; pour justifier l’injustifiable. Je suis très peiné parce que tout ce qui se passe maintenant montre clairement que la charte pour la bonne gouvernance qui a été signée jeudi dernier est déjà violé par le gouvernement dans son ensemble au niveau du chapitre 6, le chapitre qui a trait aux engagements ; ce comportement viole aussi la recommandation N° 91 du Bureau international du travail (Bit).

La dernière réaction que me suggère cette interview du 1er ministre est que le gouvernement donne l’impression qu’il a beaucoup fait pour les enseignants. C’est parce que le commun des mortels, le citoyen lambda ne comprend pas ce qui se passe. Mais l’allocation au logement qui a été revalorisée pour les enseignants n’est rien. L’enseignant le plus gradé qui était à 12000 F CFA aujourd’hui il est à 36 000 F CFA. Quel logement on peut s’offrir au Bénin avec 36000 F ? L’enseignant le moins gradé était à 2000 F aujourd’hui il est à 6000 F. Et à côté de cela vous ne pouvez pas vous imaginer ce que coûtes les salaires politiques au Bénin. Ces salaires coûtent les yeux de la tête. Le chef de l’Etat est à près de 18 millions F CFA et ça personne n’en parle. Les bailleurs de fonds je ne sais pas s’ils ont vu ce salaire depuis le budget 2009, on n’en parle pas. Mais aussi le gouvernement a aussi une taille excessive. Les ministères qui ont été fusionnés, les ministères des mines, des petites et moyennes entreprises et du commerce qui ont été fusionnés, ces ministères fonctionnent toujours avec 3 cabinets.

Quels sont les efforts que faite le gouvernement pour assainir et arrêter le gaspillage, la gabegie au sommet de l’Etat en continuant à faire perdurer ces pratiques ? Non Je pense que le gouvernement est aujourd’hui au pied du mur, il ne sait où donner de la tête, même les problèmes les plus simples leur échappent. Aujourd’hui, le ministère de l’enseignement secondaire n’a même pas de directeur des examens et concours. Et ont dit qu’on se préoccupe des problèmes de l’école. Nous n’avons pas de directeur des examens et concours et nous évoluons vers les examens or les examens se préparent. Donc je crois que tout ce qui est en train d’être dit ça ne fait que mettre de l’huile sur le fait. Et nous nous allons poursuivre le mouvement, nous allons même amener le débat sur la scène internationale, parce que dans le monde aujourd’hui il y a une institution internationale qui est chargée d’arbitrer les conflits du travail lorsque ça dépasse le cadre des réflexions au niveau national. Nous allons certainement amener ce débat au niveau de l’organisation internationale du travail parce que même les défalcation dont on parle, il faut lire la loi sur le droit de grève article 25, lorsqu’il s’agit d’une grève qui a pour motif un droit acquis comme c’est le cas actuellement, les 25% que nous réclamons à présent, c’est une décision de la cour constitutionnelle, c’est une décision  qui est issue des négociations gouvernement/syndicats et lorsqu’un droit provient de ces sources, c’est un droit acquis. Il  n’y a aucune défalcation qui soit juridiquement défendable. Donc le gouvernement est en train de naviguer à vue ; le gouvernement est en train de faire du faux. Et c’est ça ce qu’on nous appelle la Refondation, ça veut dire que les valeurs morales qu’on veut réhabiliter sont totalement à terre. C’est la preuve que ceux qui parlent de refondation ne sont capables de réaliser aucune valeur. Le Bénin est complètement à terre et je crois que tout est à refaire. Voilà en gros ce que je peux vous dire.

J’aimerais bien comprendre ; le gouvernement dit que c’est vous qui avez été les 1er à recevoir les 25%  avant que la mesure soit élargir aux autres Ape.

Non vous voyez, le gouvernement est en train de créer la confusion, le gouvernement est en train de créer l’amalgame. Les 25% dont on parle, c’est depuis le gouvernement Kérékou depuis 2005 que nous avons commencé à avoir 7000 F d’allocation d’incitation à la fonction enseignantes sous Kérékou. De 7000 on est passé à 8000 puis à 10000 ; et c’est le président Boni Yayi qui a dit qu’il va améliorer en 2008 ce qui a été fait par le gouvernement Kérékou. Et c’est l’allocation d’incitation à la fonction enseignante qui s’inscrit dans la revalorisation de la fonction enseignante. Le gouvernement Yayi a organisé un forum en 2007 et ça fait partie des recommandations du forum. Si vous voulez les actes du forum existent, et nous pouvons vous en donner copie. Le gouvernement est en train de faire la confusion pour embrouiller les cartes et empêcher l’opinion publique de comprendre ce qu’on doit comprendre. Ce que les enseignants ont reçu n’a rien à voir avec ce que les financiers ont reçu. Ce n’est pas la même chose. Si le gouvernement s’entête à dire que c’est la même chose, ça veut dire que le pays est à la dérive ; parce que on ne peut pas confondre la fonction enseignante avec les autres fonctions. Dans ce pays nous avons parlé du décrochage du secteur de l’enseignement de tous les autres secteurs de la fonction publique. Et c’est dans le cadre là que l’allocation d’incitation à la fonction enseignante a été accordée ; et ne bénéficierons de cette mesure que les citoyens béninois qui ont le profil et qui acceptent d’aller dans les classes.

Vous ne pouvez pas imaginer depuis que le président Boni Yayi est là combien de misères il a faites aux enseignants avec sa politique de gratuité mal pensée, mal appliquée, avec cette politique qui a été lancée dans la précipitation sans aucune étude au préalable, sans aucune construction d’infrastructure pour accueillir les enfants qui devront arriver à l’école. Et si vous voyez tout le stresse que cette situation a d’indigne dans l’exercice du métier d’enseignant ; combien d’enseignants sont morts à causes de tout le stresse et toutes les difficultés à corriger les copies de 50, 60, 70, 80 élèves par classe ; vous ne pouvez pas vous imaginer qu’on puisse dire aujourd’hui que c’est le papa bonheur. Il a amélioré un peu la situation des enseignants mais on n’est pas encore au paradis.

Et puis, vous voyez, dans le même secteur, ce gouvernement est champion de la discrimination, ce gouvernement est champion de l’injustice. Dans le même secteur le gouvernement a accordé les statuts particuliers aux professeurs d’université par ce qui a été validé en 2010; ce qui est une bonne chose. Mais il a laissé royalement les autres sous-secteurs. Le primaire a été abandonné, le secondaire a été abandonné ; on aurait pu déclencher une guerre avec cette situation-là mais on s’est tu. On les a laissé faire. On a vu jusqu’où ils peuvent aller avec ça. Allez voir ce que nos collègues de l’enseignement supérieur ont avec le statut  particulier que leur a accordé le gouvernement. Mais la différence est énorme entre la situation qui est faite à nos collègues du supérieur par rapport à ce qui est fait à ceux du secondaire, du primaire et à ceux de la maternelle. Les écarts sont énormes. Mais parce qu’on n’en parle pas suffisamment le gouvernement pense qu’il est le meilleur mais ce n’est pas vrai.

Alors ça veut dire que la grève continue ?

La grève continue de plus belle et nous passons à la vitesse supérieure. Nous allons de 72 heures à 96 heures. Le message sera largement diffusé demain au cours de notre assemblée générale. Et lundi dans une semaine nous passons à l’acte pour les 96 heures.

Cependant vous êtes toujours disposés à aller à la table de négociation ?

Vous voyez même le 1er ministre disait qu’on connait les règles des négociations. Mais ce qui s’est passé jeudi dernier, c’était la mascarade. Si vous voulez je vais vous donner les papiers du Bit qui établissement les normes en matière de dialogue sociale. Vous ne pouvez pas allé à la table de négociation sans avoir des propositions. Le gouvernement n’a fait aucune proposition à la table de négociation c’est pourquoi ça a échoué. Il fallait faire des propositions pour dire je ne suis pas capable de payer tout de suite mais voilà le calendrier que je vous propose. Mais il dit non qu’il faut observer une pause. Quelle pause ? De quelle pause il s’agit ? Pourquoi la pause ? Mais si on voit ce que les salaires politiques coûtent, ce que gagnent les ministres, les institutions non constitutionnelles qui ont été créées dans notre pays. Mais aucun président n’a jamais osé créer autant d’institutions non constitutionnelles et on ne parle pas de ça et on parle des salaires des fonctionnaires comme si c’est nous qui gagnons le paradis, comme si c’est nous qui gagnons la terre et le ciel au Bénin et dans l’Afrique. Non, il y a une exagération. Et je crois que Dieu suit tout ça et Dieu saura régler ses comptes à chacun de ceux qui aujourd’hui abusent abondamment de la générosité des Béninois. Il y a des gens qui se sont sucrés et qui continuent de se sucrer sans savoir mais d’où est venue la démocratie au Bénin ? Qui sont ceux qui se sont battus pour que la démocratie prenne corps au Bénin et aujourd’hui on transforme la démocratie en une dictature et on croit que ça va durer une éternité. On a même envoyé des gens pour aller voir comment le parti communiste  embrigade tout le peuple chinois et on veut nous mettre en rang derrière les chinois, on va travailler les samedis, les dimanches et même les 1er janvier et c’est ça leur démocratie, non c’est triste.

C’est pour le bonheur du peuple dit-on ?

Non quel bonheur ? C’est chez les Chinois qu’on trouve les champions en matière de violation des droits de l’homme. Et parce qu’ils font des cadeaux, ils font des choses, ils accordent des situations spéciales à nos gouvernants sont complice de toute l’exploitation à laquelle ils soumettent nos frères et nos sœurs qui travaillent sur leurs chantiers. Allez voir si jamais vous levez le petit doigt pour réclamer quoique ce soit, on vous fout à la porte et c’est ainsi partout en Afrique

Interview réalisée et transcrite par Claude ALOFA

Publié dans Actualité

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