Appel des électeurs à la base à soutenir des courants politiques : L’autre justification de la transhumance politique

Publié le par L'informateur

Des socio-politologues restent perplexes par rapport à l’usage de ce terme de "transhumance"  en politique. Mais le fait est bien réel. Des hommes politiques, de plus en plus nombreux sont taxés de faire de la transhumance politique. De même de plus en plus de voix s’élèvent pour demander la prise de dispositions légales pour décourager cette attitude qui consiste à se faire élire avec des arguments contre un courant politique et de changer de bord politique aussitôt élu à l’Assemblée nationale. Au-delà des remous que suscite le fait, des arguments socio-politiques pourraient bien justifier cet acte. La période des élections de 2011 a laissé transparaître une autre relation tripartite entre les électeurs, les élus de la République et la politique à mener après. Ceci crée justement une possibilité de changer de bord politique sous la pression des populations à la base. Ainsi si le fait est décrié, il commence par avoir désormais un soubassement social. Des politiciens peuvent désormais se targuer du soutien populaire pour changer de bord politique au gré du vent. D’autres peuvent se cacher sous le fait que la base met une pression sur eux pour "changer la veste" dès que leurs intérêts ne sont plus garantis dans leur famille politique d’origine. Si cet aspect de la vie politique nationale semble nouveau, il faut reconnaître que l’histoire politique du Bénin a connu il y seulement quelques années des revirements spectaculaires sous le motif principal de la pression populaire. Rachidi Gbadamassi, alors député élu du parti Upr en alliance avec Force Espoir en 2007 avait créé un tohu-bohu national en annonçant qu’il rejoignait la mouvance acquise au chef de l’Etat le président Boni Yayi. Coup de tonnerre à l’époque du fait que le parti sur la liste duquel il a été élu député avait rompu l’amarre avec le chef de l’Etat et avait créé ensemble avec d’autres députés de l’Assemblée nationale le groupe parlementaire G13. Il est rappelé que ce groupe parlementaire s’était déclaré être d’un soutien critique à Boni Yayi. La suite ayant bien sûr démontré que ce groupe parlementaire soutenait les actions de l’opposition parlementaire au président de la République. Beaucoup avaient été sceptiques à l’idée que le virevoltant Rachidi Gbadamassi est tombé dans l’escarcelle du pouvoir Yayi. Mais l’homme, depuis un exil doré de quelques jours aux Etats-Unis d’Amérique, a déclaré avoir répondu à l’appel de ses électeurs à la base. Selon lui ce sont les populations qui l’ont élu qui exigeaient de lui une entente avec le président Boni Yayi.

C’était les premières heures de l’argument « la base le demande… ». La mayonnaise n’avait pas pris à l’époque. Beaucoup n’avait pas condescendu à cette justification. Mais l’idée semble avoir fait son petit bonhomme de chemin. Aujourd’hui il est possible de se dire répondant à une base politique pour rejoindre une famille politique lorsque des intérêts  précis y sont garantis.

 

Les dérives possibles

De la possibilité de plus en grande de l’utilisation de cet argument pour se livrer à de la transhumance politique ressortent de probables dérives. Il suffira de mobiliser un groupuscule de personnes dans une salle de conférence ; de leur écrire un discours d’incitation de la base à rejoindre tel ou tel camp politique et d’en faire une bonne couverture médiatique et le tour est joué. On peut se faire une bonne raison de devenir opposant alors qu’on a été élu sur une liste en faveur du pouvoir en place. Ou mieux la raison serait toute trouvée de se ranger dans les couloirs douillais d’un pouvoir en place avec des déclarations et appels des populations de la circonscription électorale où on a été élu à rejoindre et à soutenir les actions du chef de l’Etat. Bonne couverture pour acte la plupart du temps ignoble.

En effet, la scène politique béninoise a le mérite de contenir en son sein des hommes et femmes qui font le calcul du  "qui va rembourser mes frais de campagne". L’échec en lui-même n’est souvent pas considéré comme une situation critique. Il ne le devient que lorsque personne n’est disposé à monnayer les services contre le remboursement de l’argent dépenser pour échouer à une élection quel qu’elle puisse être.

La base demandant un revirement de position politique d’un élu de la nation, un argument certes, mais une manipulation possible aussi.

 

Claude ALOFA

Publié dans Politique

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article