Appel de Yayi pour l’investissement du secteur privé depuis Libreville : Une contradiction avec la politique agricole au pays

Publié le par L'informateur

Depuis la tribune de New York Forum Africa à Libreville, le chef de l’Etat a plaidé pour l’investissement privé pour la renaissance agricole en Afrique. Un appel qui a été applaudi par les milliers de participants à ce forum qui veut donner une autre dimension pour le développement de l’Afrique. Seulement, les réalités au pays du président en exercice de l’Union africaine contrastent bien avec cette volonté de voir le secteur privé investir dans l’agriculture.

Dans son discours en tant que président de la république du Bénin et président en exercice de l’Union africaine, Boni Yayi a sidéré plus d’un  à Libreville quand il plaidait à l’investissement du privé dans le secteur agricole. Selon, le chef de l’Etat, l’Afrique n’aura son autonomie alimentaire si le secteur privé s’intéresse au secteur agricole. « L’autre point que je veux vous parler, c’est la renaissance agricole. La conférence des chefs d’Etat de l’Union africaine a déjà adopté en en 2003 en  Mozambique la politique africaine du secteur politique, une politique qui oblige les Etats à consacrer 10% de leur budget à l’agriculture… Et là nous attendons le secteur privé» a martelé Boni Yayi.

Voilà qui est bien dit. Mais quand on se rappelle que récemment, le gouvernement a pris la décision d’arracher la gestion de la filière coton des mains de l’Association interprofessionnelle du Coton (Aic), on se demande bien de quel secteur privé le président Boni Yayi parlait. La filière coton, principal produit d’exportation du Bénin est en effet en crise au Bénin. Cette crise est issue de la décision du gouvernement de commanditer une commission d’expert chargée de vérifier le nombre de tonnes de coton produit par les producteurs durant la campagne 2010-2012. A la suite de cette étude, l’on ne sait pour quelle raison, le gouvernement a décidé d’annuler l’appel d’offre lancé pour l’achat des intrants de coton et de confier ce marché à un privé de son choix. Après de nombreuses tergiversations, le même gouvernement a voulu aussi associer un autre privé qui avait auparavant gagné le marché des intrants, ce marché qui avait été annulé. Aussi, ce dernier n’est pas d’accord avec le prix proposé. On en était là quand le vendredi dernier, des militaires armés sont allés enlevés de force, les sacs d’intrants agricoles emmagasinés sur le terminal à conteneur géré par le même privé. Pour le moment, cette affaire reste encore à élucider. Toutefois, l’on note une utilisation abusive de la force publique dans les affaires d’un privé qu’on veut voir investir dans le secteur agricole.

Dans ce contexte, l’on pourrait se demander si le chef de l’Etat, dans son appel de Libreville, veut des privés qui acceptent le diktat de la politique ou le privé qui peut faire ses affaires sans se heurter à une horde de militaire qui pourrait enlever de forces ses marchandises sur son parc. La question reste posée.

Vivien Mitchaï

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