A propos de Bénin-Control SA : Les transitaires déclarent la guerre à Patrice Talon

Publié le par L'informateur

La société "Bénin-Control SA" est dans le viseur des transitaires et déclarants privés en douane dans les divers centres douaniers du Bénin. Partout où se font les opérations de déclaration en douane la grogne monte. En toile de fonds de ces cris d’alarme, se trouve le contrat entre l’Etat béninois et la société "Bénin Control Sa". En effet le gouvernement du Bénin a décidé de moderniser les opérations douanières à tous les postes de douane du Bénin. Dans cet ordre d’idées il a été demandé que les importations et exportations soient contrôlées avec scanner. De même le gouvernement a demandé qu’il soit institué un guichet unique pour toutes les opérations. Toutes ces réformes ajoutées au besoin de lutte contre la corruption dans l’administration publique ont amené le pouvoir public à signer un contrat de service avec la société "Bénin Control Sa". Celle-ci a pour mission principale de contrôler toutes les importations et les exportations qui ont lieu aux différents postes douaniers du pays. Ce travail exige de Bénin Control Sa l’utilisation de techniques modernes de surveillance et de contrôle. La société Bénin Control Sa ne saurait donner de telles prestations de service sans intérêts. Et c’est ici que le bât blesse.

 

Des taxes exagérées imposées par "Bénin Control Sa"

Selon les informations données par les usagers des divers postes douaniers du Bénin surtout les postes frontaliers, la société "Bénin Control Sa" applique désormais sur tous les tous produits d’importation surtout des taxes exagérées et exorbitantes. Ils avancent, par exemple, que la nécessité de passer au scanner tous les produits qui passent par les douanes frontaliers amène des surcharges importantes pour les opérateurs économiques. Ainsi les véhicules d’occasion doivent être passés au scanner avec pour coût supplémentaire pour l’opérateur économique la somme de 47 200 F cfa. Un tel montant pour le scannage d’un seul véhicule d’occasion est déclaré exorbitant par les usagers et opérateurs économiques des postes douaniers.

Le problème évoqué par les usagers des ports, aéroports et post douaniers du Bénin est à un niveau plus critique que celui de produits de luxe ou d’intérêts restreints pour les populations. Il s’agit de l’effet direct de l’application de taxes par "Bénin Control Sa" sur les produits de consommation de base. Ainsi désormais le riz blanc importé reçoit une surtaxe de 77 millions pour les 40 containeurs de riz. Auparavant les 40 containers de riz sont taxés à 16 millions de Fcfa. Mais avec Bénin Control Sa le prix est passé à 93 millions.

Le pire est que ces prix ne sont pas des évaluations mais des prix déjà appliqués. Ceci entraîne l’augmentation des prix de vente des produits de consommation de base. L’huile végétale utilisée dans la cuisine dans les ménages est passée de 600 F à 1100 f ; soit presque un accroissement de 100% du prix de vente. D’où l’ampleur des pleurs.

 

La crise dénoncée

A vrai dire tout le monde reconnaît que le Bénin ne peut plus continuer à gérer ses importations et exportations de la même manière qu’il y a dix ans ou plus. Il faut abandonner les méthodes archaïques pour se moderniser. Dans ce sens l’imposition du scannage obligatoire des produits par la douane est salutaire. Mais cela doit être fait par la douane. Précision importante. Car la base de la polémique est aussi bien au niveau des taxes imposées par la société Bénin Control Sa qu’au niveau du fait que cette société prenne la place de l’administration douanière.

Par rapport au premier aspect des plaintes, il faut remarquer que l’augmentation exagérée de taxes sur les produits déclarés ne peut que créer une augmentation des prix de vente de ces produits aux populations à la base. Dans un contexte où le gouvernement et son chef travaillent d’arrache-pied pour la baisse de l’inflation et surtout l’accès faciles des populations aux produits de première nécessité, il est inconcevable que le contrôle douanier coûte autant cher aux opérateurs économiques. La conséquence directe étant bien sûr la pression financière exercée sur les ménages, consommateurs finaux de ces produits.

Pour le délaissement de l’administration douanière au profit d’une société privée, la polémique est bien légitime. Comment peut-on craindre l’enrichissement illicite des agents de douanes et permettre l’enrichissement exagéré d’un opérateur privé ? Les usagers des postes de douanes déclarent que les bénéfices engrangés par la société "Bénin Control Sa" seraient plus importants que ce qui entre dans les caisses de l’Etat.

 

L’abandon des ports et aéroports du Bénin au profit des pays voisins

L’une des implications de la décision de contrôle systématique des produits importés ou exportés est que même les produits en transit par le Bénin doivent être scannés. Mais ils ne le seront pas gratuitement. D’où la création d’une nouvelle taxe par Bénin Control Sa. Cela implique que les importateurs étrangers qui utilisent les post douaniers du bénin pour leurs activités économique sont obligés de faire la déclaration entière de leurs produits aux douanes béninoises. Mais alors que feront alors les douanes de leurs pays de destinations, de consommations finales ?

Les prix des produits seront aussi doublés à la limite dans ces pays dont les opérateurs économiques utilisent nos ports et aéroports.

 

Possible implosion sociale

Que ce soit sur le territoire béninois ou dans les pays dont les opérateurs économiques utilisent nos ports pour leurs activités d’importation et d’exportation, il y a un réel risque d’implosion sociale. La cherté de la vie que les taxes de Bénin Control Sa entraîneront ne sera pas pour apaiser la tension sociale dans ces pays. Lorsque le pain quitte la table du peuple cela entraîne une menace sérieuse contre la paix. Mais que le peuple ? Si ce n’est le pain et la paix ?

 

Claude ALOFA

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