Suite à la bavure du garde corps du doyen de la Faseg : Les étudiants déclenchent une grève illimitée

Publié le par L'informateur

La journée d’hier, lendemain des événements dramatiques qui ont entraîné neuf blessés dans le rang des étudiants,  a été déclarée campus mort. Seuls, le retrait du programme de reforme de la Faseg et la prise des sanctions contre les autorités décanales  pourront ramener l’accalmie à l’université d’Abomey-Calavi, expliquent des responsables d’étudiants.

 

L’université d’Abomey-Calavi est depuis hier, totalement bloquée dans son fonctionnement. Les inscriptions sont arrêtées, les amphis, l’administration rectorale et du Cenou sont fermés. Les étudiants, en nombre important, avec leurs responsables de mouvement faisaient  la ronde sur le campus en scandant des slogans hostiles aux autorités et dispersaient ceux qui tentaient de résister au mot d’ordre.

Le débrayage a pour objectif de protester contre la bavure du garde corps du doyen Fulbert Gero Amoussouga, qui a fait usage de son arme, avant-hier, contre les étudiants qui  sont opposés au programme de reforme de la 1ère année de la Faseg, au cours d’une séance d’information. Bilan : neuf étudiants blessés. Ils suivent des soins intensifs au centre national hospitalier de Cotonou (Cnhu).      

Sur le visage des étudiants, on pouvait lire la rage folle. Ils étaient prêts à en découdre avec l’autorité qui les aurait provoqués. A preuve, Casimir, un des étudiants manifestants, un peu élancé, habillé en pantalon jeans, torse nu et tout en sueur, déclare dans un humour mal caché : « Nous supplions le doyen de la Faseg de revenir sur le campus reprendre ce qu’il a cautionné avant-hier et il nous verra sur son chemin. Car, nous n’accepterons pas qu’on nous tue comme des mouches. » Puis, gardant le silence quelques minutes durant lesquelles il n’a pas pu retenir ses larmes pour ses amis qui ont été grièvement blessés, il ajoute : « Il faut cette fois ci des sanctions sévères et retirer de la circulation le programme de reforme rejeté. Ce sera la seule manière de faire revenir le calme sur le campus et de mettre probablement un terme à la grève illimitée. »     

 Quant à John, un étudiant de la science économique, discutant chaudement dans un  groupe de cinq personnes, devant le restaurant universitaire, qui dénonçaient les agissements du doyen de la Faseg: « Le doyen Fulbert Gero Amoussouga doit démissionner après une telle bavure. Car, nous nous demandons si le sang humain coule dans ses veines. »

Pour Alain, étudiant en science juridique 3ème année : « C’est incroyable mais vrai qu’un doyen, le parrain voire le père des apprenants de sa faculté,  n’a pas pu empêcher son garde corps de tirer sur les étudiants. Il faut que des sanctions tombent afin de faire revenir l’accalmie à l’université. Sinon, nous sommes d’avis avec la grève illimitée afin que, plus jamais, de pareilles choses ne se répètent sur le campus.»

Dans son intervention sur la chaîne de l’Ortb avant-hier, le doyen Fulbert Gero Amoussouga avoue ne pas comprendre le comportement des étudiants.   

Au regard de tout ce qui précède, des investigations s’imposent pour situer les responsabilités. Et, comme l’ont souhaité les étudiants, plus jamais ça.

Vivien Mitchaï

 

 

 

Le ministre François Adebayo Abiola au chevet des étudiants blessés

Suite aux informations qui lui sont parvenues, le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique (Mers), s’est dépêché sur le terrain où il a rencontré les étudiants avec qui il a discuté tout en les appelant au calme.

 Le ministre, dans sa démarche, ne s’est pas arrêté là. Il a également effectué une visite aux étudiants blessés et hospitalisés au centre national hospitalier de Cotonou (Cnhu). D’ailleurs, le ministre Abiola a déclaré : « le ministère prendra en charge les frais de soin des étudiants blessés. »

Ainsi, comme un père de famille, le Mers a essayé de ramener la sérénité sur le campus par sont intervention à chaud dans la pagaille qui s’organisait. Ceci montre que l’homme est effectivement venu pour que les choses ne se passent plus comme avant. Car, il a de grandes ambitions pour l’université. Et rien de tout ceci ne peut se faire sans un minimum d’accalmie.

 

 

PAROLE AUX ETUDIANTS

Luc AFANOU, étudiant à l’UAC

Pour que le calme revienne sur le campus, il faudra instaurer un dialogue franc avec les étudiants. Le lundi passé, les étudiants étaient allés pour discuter avec le doyen de la Faseg. Mais, piqué par la colère et la rage de son garde corps, la situation s’est dégénérée. Nous pensons qu’il faut vite colmater les brèches et inviter les étudiants à la table de négociation. Ceci permettra d’aborder les possibilités d’acceptation de la reforme. Au cas contraire, elle sera purement et simplement classée. Sinon, à l’allure où vont les choses, on n’est pas prêt à trouver le bout du tunnel.    

 

Samson ASSANGBE, étudiant en science juridique

Ce qui se passe sur le campus est triste. Il faut que les autorités hiérarchiques s’intéressent rapidement au problème pour le résoudre. Nous comptons déjà de nombreux blessés dans le rang des étudiants. La situation dépasse la compétence universitaire. Les autorités sur le plan national doivent réagir avant qu’il ne soit trop tard. Il faut le préciser, pour qu’il y ait accalmie sur le campus, il est nécessaire d’instaurer le dialogue avec les étudiants sans oublier de retirer le programme de reforme en cause. Car, ce qui est proposé est comme une fenêtre ouverte pour les autorités, mais une porte qui est en train d’être fermée aux étudiants. 

 

Achille KOFFI, étudiant en Sociologie   

On a souvent jugé de diaboliques les mouvements des étudiants. Mais, cette fois-ci, nous pensons que les aînés ont raison. Il y a déjà l’Eneam, pourquoi veut-on encore privatiser la faculté de science économique et de gestion (Faseg) et la transformer en une école.

Au lieu de créer d’autres cadres pour accueillir le nombre préthéorique qu’on observe au niveau de la Faseg, on veut plutôt opérer une sélection sur étude de dossier et rejeter la grande masse. Pire, rien ne nous garantie que ce sera les meilleurs dossiers qui seront sélectionnés. Car, nous savons comment les concours s’organisent dans ce pays et au campus, tout peut être acheté. Seuls les enfants de pauvres seront lésés.    

 

Désiré DOGBOVI, étudiant en lettre moderne  

La communauté internationale prône que l’éducation est le socle de tout développement. Mais, on constate au Bénin que les opportunités d’instruction sont de moins en moins octroyées aux enfants pauvres pour ne pas dire des paysans. Ces enfants, malgré leur endurance, ont du mal a accédé  à la connaissance afin de devenir des hommes mûrs, prêts à assumer la relève. La porte de l’Eneam a été déjà verrouillée aux jeunes enfants des pauvres. Mais, pourquoi veut-on encore nous empêcher d’accéder à la faculté par une reforme qui transforme la faculté en une école ? Trop c’est trop. Nous invitons les autorités à revoir leur copie. Sinon, l’accalmie ne sera pas de si tôt sur le campus.     

 

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