24heures après la transmission de la Lépi à la Céna : Les populations de Cotonou et Calavi dans les rues

Publié le par L'informateur

L’arbre Lépi a commencé par porter les fruits de ses fleurs. Les prémices d’une insurrection étaient bien là. Malheureusement cela ne fait que se confirmer. Les deux plus grandes villes du Bénin viennent de se mettre dans la rue. Cotonou puis à sa suite Calavi ont lancé hier ce que les observateurs avertis de la vie politique béninoise voyaient venir. Toute la matinée du 21 février a été tourmentée dans ces deux villes. Les populations sont descendues par grands regroupements dans les rues de la ville département du Bénin et de sa ville-sœur Calavi. Par milliers, hommes et femmes déterminés à défendre leur droit de vote n’ont pas voulu rester loin du grand centre-ville où sont logées la plupart des institutions de la République parmi lesquelles la super structure de la démocratie béninoise de son nom « Cour Constitutionnelle ». Les choses sont allées très vite. Juste un mot du président maire Nicéphore Dieudonné Soglo : « Un instrument de développement ne doit pas exclure plus du tiers de la population à laquelle il est destiné ». Les Cotonoises et Cotonois et leurs concitoyens de Calavi ont reçu l’appel mais elles aussi perçu la gravité de la situation. Il n’a pas fallu plus et Cotonou a ressemblé hier son peuple dans la rue. Direction le «fétiche » de la démocratie béninoise, la Cour Constitutionnelle. Avec en tête et en personne le président maire Nicéphore Soglo les populations ont dit haut et fort leur mécontentement. Hélas, l’homme qui aura poussé le Bénin à cette « Lépi forcée » n’a pas daigné sortir du haut de minaret perché à la toiture de tout le système démocratique de ce Bénin reconnu comme pionnière du vent de démocratie qui a soufflé sur l’Afrique des années "90". Robert Dossou est resté bien sourd au bruit de voix de ces béninoises et béninois qu’il s’était pourtant vanté, la veille sur la chaîne de télévision publique, d’avoir défendu toute sa vie. L’homme qui passe le tout de son temps à valoriser ses mérites de grand démocrate n’a pas compris la nécessité en démocratie de sortir recevoir des populations mécontentes du fonctionnement d’une institution. Mais envers et contre tout, les marcheurs se sont fait entendre.

 

Les grandes étapes de la grande marche de Cotonou

Déjà tôt le matin, de nombreuses populations se sont amassées tout au long des grandes artères donnant sur le centre-ville de la capitale économique béninoise. Le temps passant a vu les rues se noircirent de monde. S’annonçait la grande marche du jour. Mais déjà à l’Unafrica, des milliers de Cotonou s’étaient retrouvés comme par miracle. Les policiers mobilisés pour veiller à déstabiliser les marcheurs n’ont pas vu venir la masse au Hall des arts de Cotonou.  Du renfort, il en a fallu pour essayer en vain de renvoyer chez eux ces militants du droit de vote. C’est donc partis de l’UNAFRICA, que cette marée humaine a marché vaillamment, malgré le chaud soleil, jusqu’à la Cour constitutionnelle pour protester contre cette LEPI qui apparaît désormais comme bien partisane. Comme de bons révolutionnaires, ils ont fait ce tronçon Unafrica-Cour Constitutionnelle en scandant Chants, danses, cris. A la cour constitutionnelle, ils se sont heurtés à des barrières rigides de forces de l’ordre. Mais c’était sans compter avec la ténacité de cette foule de militants du droit au vote. D’autres militants se sont même déplacés avec des nattes pour la circonstance car pour ces derniers : Trop c’est trop et il n’était pas question pour eux de quitter la Cour Constitutionnelle sans que Robert Dossou et les six autres sages ne sortent pour les écouter. Une fois nez à nez avec les forces de l’ordre, ils ont tout fait pour passer dire à Robert DOSSOU tout leur mécontentement, mais en vain. Cependant les leaders ont adressé des messages bien clairs à la face du monde. C’est le président maire Nicéphore Soglo en personne qui lancera : « J’ai fait venir les représentants des 144 quartiers de ville de Cotonou. Ils ont dit que plus de 83 000 citoyens sont exclus à Cotonou. […]

Je parle ici en tant que maire de Cotonou pour faire venir tout le monde au Stade René Pleven à  tour de rôle devant  les représentants de tous les partis politiques et il  n’y aura pas de contestations.   Nous allons donc demander au gouvernement, nous allons demander à la cour constitutionnelle, nous allons demander à l’Assemblée, demander à Bako de se mettre d’accord pour qu’on puisse commencer à compter tout le monde dans les lieux publics comme on a fait en Inde, l’Inde avec 800 millions d’habitants »

 

Des renforts de manifestants dispersés à Akpakpa et à Godomey

Au moment où les populations de Cotonou se rassemblaient devant la Cour Constitutionnelle, celles de Godomey et de Calavi ont été empêchées de rejoindre leurs concitoyens de Cotonou. Elles ont bloqué pendant plus de trente (30) minutes la route inter-état Godomey-Calavi. C’était au niveau du carrefour IITA devant la pharmacie Togoudo que ces populations se sont installées. Mais les forces de l’ordre venues sur les lieux ont dispersé la foule qui s’est ensuite regroupée pour marcher sur l’arrondissement de Godomey.

De même, des manifestants étaient partis d’Akpakpa pour la même cause. Sur leur  chemin,  ils ont été bloqués et dispersés  par un impressionnant  dispositif de policiers. Il y a eu des tirs des gaz lacrymogène et des arrestations. Des détonations  ont fait  grand bruit et la police a empêché les  militants de rejoindre les membres de l’opposition qui ont assiégé la cour constitutionnelle. Tout commence à Akpakpa.   Pour n’avoir pas été pris en compte par la Lépi, les populations  manifestent leur mécontentement sur des kilomètres à travers la ville de Cotonou. Sur le nouveau pont, ils se heurtent au Commissaire central accompagné d’une poignée de policiers.  Le Commissaire qui déclare : «  Toutes les  manifestations contre le  respect des libertés individuelles sont interdites pendant la période allant de l’ouverture officielle  de la campagne électorale au jour du vote sous peine des sanctions prévues par l’article 126  de la présente loi »

La vague d’Akpakpa avait à sa tête ATAO HINNOUHO qu’on ne présente plus. les marcheurs venus d’Akpakpa se sont vus violemment dispersés par les hommes en uniforme postés à Ganhi, devant la Direction générale de Bénin Télécoms SA, à deux pas de la sureté. Ce fut une véritable chasse à l’homme : des jets de gaz lacrymogènes, des bastonnades et échauffourées de toutes sortes, etc... Au total plusieurs blessés, dont ATAO très légèrement, des brimades et autres violations, une demi-douzaine de boitiers de gaz lacrymogènes collectés sur les lieux (de quoi confondre le commissaire qui a en cours de journée nié cette réalité des choses, etc).

Finalement, ne pouvant contenir les manifestants, les forces de l’ordre se sont repliées.  Elles installent alors plus loin  une barrière infranchissable au point de chute de la marche. Face aux tirs de gaz lacrymogène, les marcheurs vont courir, puisqu’ils seront pourchassés par la police. Et dans cette ambiance,  la police procède à plusieurs arrestations.

Au total, la journée du 21 février aura été très chargée pour aussi bien les forces de l’ordre, les opposants et les populations exclues du système de la Liste Electorale Permanente Informatisée (Lépi).

 

Les centrales syndicales dans la danse ce jour

Selon les mots des responsables de cinq centrales syndicales les travailleurs descendront dans les rues ce jour pour manifester contre la réalisation d’une Lépi qui empêche les travailleurs d’exprimer leur droit de vote et de se rassurer que leur vote sera considéré à sa juste valeur.

Le pire est que les manifestants d’hier se donnent eux aussi rendez-vous ce jour pour continuer l’œuvre entamée. Que sera Cotonou ce jour ?

 

Claude ALOFA

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